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Salem Dorcas Good. [Pas fini]

MessageSujet: Salem Dorcas Good. [Pas fini] Ven 10 Nov - 18:51
Salem Dorcas Good

Âge : 23 ans. Né le 24 décembre 1891.
Nationalité : Donbachi.
Métier(+ rang pour les militaires) : Taxi.
Etat civil : Célibataire.
Spécialité : Infiltration.
Objectif : Venger le désastre de sa vie.
Groupe : Infiltrés.
Caractère

Qualités - Patient, Audacieux, Courtois, Courageux, Tenace, Intègre, Paisible, Romantique, Sûr de soi, Vigilant.


Défauts - Jaloux, Possessif, Taquin, Obstiné, Inattentif, Amorphe ( d'apparence), Blessant (car trop franc.), Sans gêne, Secret, Rancunier.



Aux premiers abords, ce jeune homme ressemble à une étoile sans lumière. Éteint, vide et sans aucune émotion. Il faut dire que le masque qui lui recouvre la plupart du visage n'est pas pour l'aider dans sa prestigieuse aventure qu'est celle d'être sociable. Ironie si l'on veut car Salem n'ira pas chercher la conversation là où il n'y a pas nécessité de l'avoir. Il est donc très silencieux et la plupart de ses sentiments passent par ce regard perturbateur et aussi vert que pourfendu d'un iris en amende.  Sa démarche à l'air si lente et lourde qu'il paraît mou et las. Il se satisfait de cette image qu'il voit comme un avantage dans son entreprise de vengeance ; inoffensive. Une herbe verte aux racines fragiles. Mais il n'en est rien.

C'est un homme à la patience inébranlable. Il ne s’énerve pas. Pas ? Il n'y a qu'une seule exception. Mais lors d'un combat, d'une prise de bec quelconque… Sa voix ne dépasse jamais la pointe de son masque. Il se fiche pas mal qu'on puisse l'insulter car Salem sait ce qu'il vaut et ne fait fit des remarques des autres. Pour l'entendre hurler, il faudrait faire l'impensable. L’exception étant que Salem n'a pas beaucoup de relations et dès lors qu'il entretient quelque chose avec une personne qu'il considère comme un amour, ou un ami, il devient l'exact opposé de ce qu'il laisse penser. Possessif et jaloux, il s'emporte alors pour un rien. Un sentiment qu'il ne contrôle pas et qu'il a tendance à lui-même trouver plutôt curieux. Il ne se l'explique pas mais ne parvient pas non plus à s'en défaire.

Grâce à cette capacité de se remettre facilement en question, il est capable d'admettre lorsqu'il à fait une erreur et de s'en excuser. Ça fait partie de sa fierté et baisser l'échine pour demander pardon n'est pour lui qu'une façon de se montrer juste quand il sait qu'il est en tord. Mais s'il juge que ce n'est pas le cas, Salem se transforme en tête de mule. Patiente, certes, mais rongée par sa raison et sa conviction. C'est alors un côté plus enfantin qui ressort de ce lot de petite sagesse amère. L'enfant en lui n'a cessé de vouloir émerger et prendre les devants, car son enfance à été un piètre fiasco. A l'aube de ses vingt-quatre ans cependant, Salem refoule le garçon en lui qui rêve de rire de tout et de rien...

Entre l'homme soi-disant inoffensif, patient et joueur se cache le serpent. Nous ne parlons là ni d'une bête ni d'une quelconque fusion entre sa personnalité et celle de l'animal qui lui est attribué. Le serpent n'est autre que lui-même et il le sait. Audacieux par les choix qu'il fait, il ne pense pas à demain et fait tout son possible pour résoudre un maximum de ses problèmes aujourd’hui. Dans le cas où il souhaite attirer l'attention du groupe des Infiltrés, Salem sait d'avance qu'il va devoir tremper ses mains dans l'hémoglobine. Et ça ne lui fait pas peur. Ce qui l'effraie, c'est l'échec. Quand il fait tout pour que les yeux restent accrochés au sol plutôt qu'à le regarder, Salem est satisfait. Mais dès lors qu'il fait tout pour attirer l'attention mais que ceci ne fonctionne pas, il se froisse. Quoi de plus normal ? C'est irritant de donner le meilleur de soi-même pour les autres s'ils ne le voient pas. Du moins, pas tout à fait pour les autres. Ce groupe a attiré son attention. Il respire les mêmes buts qu'il s'est fixé. Être un vengeur solitaire n'est pas déplaisant mais Salem sait parfaitement qu'un groupe bien disposé est plus fort qu'un seul homme caché dans la nuit. Ce qu'il cherche, ce sont des résultats. Pas des relations. Mais pour ce faire, il va devoir se montrer téméraire.

Salem hait une chose. Une seule. Le mensonge. Il déteste les cachotteries. Ne lui faites pas une surprise pour son anniversaire, il se retournerait vers vous en vous jugeant du regard jusqu'à ce vous ne soyez plus qu'une ombre sur un tableau d'excuses. C'est viscéral. Il préfère se montrer sincère et dire tout de suite ce qu'il a sur le cœur. Autant dire que si vous lui demander son avis, il ne tournera pas autour du pot et vous saurez dans l'instant ce qu'il pense de vous. Même les choses les plus ridicules.

Salem manque cruellement d'éducation dans certains domaines, aussi il n'a pas appris à respecter les limites personnelles. Il lui arrive parfois d'en dépasser certaines sans se rendre compte de ce qu'il fait. Pour l'époque, cela peut facilement choquer. L'exemple le plus concret, par exemple, est celui de la pudeur. Il a passé une bonne moitié de son enfance à partager des douches communes avec d'autres cobayes, qu'ils soient de sexe masculin ou féminin, autrement dit Salem se fichera pas mal de sortir de la douche, totalement à poil et sans crier gare. S'il veut vous prendre dans ses bras, homme ou femme, il le fera. C'est paradoxal pour une personne ayant un regard si froid que de se comporter parfois tel un enfant... Mais comme il l'ignore, il n'en ressentira aucune gêne. Si vous lui faites la remarque, il finira par comprendre. Et si vous êtes froissé, il s'excusera uniquement s'il trouve que c'est justifié.
(Si c'est lui qui est nu devant vous, il ne comprendra pas pourquoi c'est vous qui êtes gênés)

Il n'a pas encore revu celle qui lui fait pousser des ailes... Il n'a pas encore revu  celle qui lui fera ressentir de la gêne, de l'amour et lui apprendra combien les limites personnelles sont importantes (essentiellement quand c'est quelqu'un d'autre qui LA touche).  

Il ignore encore tout ce qui va lui tomber dessus. Mais il n'en est plus au stade d'anticiper chacune de ses actions. Pour certains, un homme de vingt-trois ans est jeune et à toute sa vie devant lui. Salem, cependant, se trouve déjà trop vieux et presque pressé car rien n'avance dans cette stupide entreprise d'extermination. Défiguré à vie, il refuse de mourir sans avoir laissé sa griffe sur cette grande bannière qu'est Amestris. Ce pays miséreux qui lui a vendu un rêve étoilé pour finalement lui reprendre toute lumière…

A lui seul, il a la sensation de n'être qu'une planète morte à qui ont a volé tous ses habitants. Il ignore que tout va bientôt changer. Une rencontre va dévoiler le taquin qui s'ignore, l'amoureux qui dort…

Capacités & Inventaire

Salem est doté des capacités d'un serpent-tigre, (Notechis Scutatus Occidentalis.) que l'on retrouve uniquement à Donbachi.
La première chose la plus évidente est le changement qui provient de sa colonne vertébrale qui se voit rallongée de plusieurs vertèbres lorsqu’il se transforme, lui permettant ainsi une agilité pareille à celle d’un serpent. Les ondulations du corps sont donc possibles, très pratique pour s’infiltrer dans un endroit étroit.

La transmutation n'a pas eu tout à fait l'effet estompé puisque Salem se retrouve avec une mâchoire prédominante qui lui mange les joues, semblable au sourire que l'animal arbore. Elle a les mêmes caractéristiques, large et capable de se distendre d'avantage pour avaler des proies plus grosses. Attention, par ailleurs, à sa forme chimérique qui lui donne l'avantage en ayant dans l'estomac un suc extrêmement acide, capable de dissoudre des dents. Cependant, comme le jeune homme se sent indisposé à avaler ses semblables pour les faire disparaître de la surface de la terre, il est peu probable qu'un jour vous ayez une démonstration. N'allez pas cacher les clés d'une cellule dans sa gorge, c'est un conseil avisé.

S’ensuit la capacité étonnante mais utile qui va de pair avec l'avalage distendu, celle d'avoir le poumon gauche atrophié alors que le poumon droit est hypertrophié. Ce poumon est tripartite (qui est en trois parties.) dont l'une trachéenne permet de respirer tout en avalant une grosse proie. Les deux autres parties sont nommées « poumon sacculaire non vascularisé » et « poumon bronchial vascularisé ». Elles servent principalement pour les serpents adaptés au milieu marin. La plupart font partie de la famille des élapidés, famille à laquelle appartient le serpent-tigre…
Salem peut donc respirer sous l'eau quand sa métamorphose est totale. Une chose qu'il va devoir apprendre, car il l'ignore encore. Après tout, qui aurait faire l'expérience en se sachant humain, de base ?

Source: Ici

L'oreille interne du serpent permet de détecter les vibrations au sol ce que peu aisément faire le jeune homme s'il pose sa tête tout contre.
Grâce à sa langue bifide, qui reste permanente pour son plus grand malheur, Salem à un odorat très développé. Il porte un masque pointu afin de laisser du mouvement à cette langue baladeuse . Les extrémités de la langue bifide pénètrent dans chacune des deux cavités de l'organe de Jacobson, situé dans le palais. Cet organe permet entre-autre de détecter les phéromones dans l'air et c'est aussi ce qui explique ce mouvement de va-et-vient récurrent.

Il existe plusieurs sortes de phéromones et une principalement qui puisse être volatile, celle qui est secrétée en cas de danger, de blessure, etc. C'est ce qu'on appelle une phéromone d'alarme. Dans le cas d'un humain, il est possible de les ressentir via la sueur. Peur, excitation, stress, calme, ...
Il existe même, dans le cas des femmes allaitantes, une phéromone dite « mammaire » qui pousse l'enfant au besoin de succion.

Le serpent-tigre est un serpent dit protéroglyphe. Cela veut dire qu'il possède un petit crochet fixe (également appelé glyphe) relié à la glande à venin, à l'avant du maxillaire. Ce crochet est toujours dans la même position, que la gueule soit ouverte ou fermée. Ca signifie qu’il peut attaquer à tout moment et Salem ne déroge pas à la règle. Le venin du serpent-tigre est mortel. En revanche, le jeune homme n'a pas la chance de s'être octroyé ce pouvoir suite à la dégradation de son venin en même temps que sa déformation faciale. Il peut l'utiliser pour paralyser ses victimes durant deux à trois heures et ne renouvelle sa glande que toutes les quarante-huit heures. Il s'agit d'un venin neurotoxique touchant le système nerveux central ce qui explique la paralysie. L'effet n'est pas toujours immédiat. Il agit entre cinq à quinze minutes en fonction de la morphologie de la victime. Il provoque en premier lieu des vomissements, des troubles de la perception visuelle et enfin la paralysie. Lors de cette dernière, il est impossible de bouger ne serait-ce qu'un œil.

Source image:ICI

En revanche, le serpent-tigre n'est pas agressif à moins d'être surpris. Une chose qui colle totalement à la peau de Salem Dorcas Good.

Lorsqu'il se transforme, les écailles recouvrent la totalité de son corps. (ou partiellement dans le cas de son ventre, endroit plus sensible.) Celles-ci sont des zones épaissies de l’épiderme et non des écailles individualisés, c'est pourquoi son aspect est homogène. Dans le cas d'un serpent, elles permettent de se déplacer plus rapidement en rampant, cependant Salem ne va pas vous poursuivre sur le ventre...  Néanmoins, elles offrent une résistance plus durable contre d’éventuels coups quand bien même elles ne stoppent pas une lame, ni une balle.

Une technique que le vil serpent à adopté de l'animal avec lequel il a été transmuté est d'étouffer sa victime dans sa poigne devenue très serrée lorsqu'il se transforme. Pour cela, il mord sa proie, la paralyse et l'étouffe dans l'étau de ses bras ou d'autre chose...

Sa transmutation à été un piètre fiasco bien qu'il hérite de magnifiques capacités. D'apparence, sa mâchoire, comme dit plus haut, est élargie et cet aspect est permanent. Ses mâchoires humaines apparaissent lorsqu'il retire son masque entre ses lèvres béantes. Transformé, ses propres dents s'effacent sous l'ampleur du crochet à venin. Mais ce n'est pas tout.

Lors de sa transformation, le serpent apparaît presque authentiquement le long de sa colonne vertébrale (ce qui explique l'aisance des innombrables vertèbres qui viennent soutenir les siennes.) Le serpent tigre avec lequel Salem a été transmuté faisait 2.1 mètres, c'est pourquoi il lui apparaît une queue lors de sa métamorphose. De la modeste taille de 1.25 mètres, elle ne sert à rien si ce n'est à pouvoir se glisser dans le cou d'un ennemi et l’étouffer avec. Ou encore attraper une télécommande trop loin du canapé les dimanches soirs.

Exemple image (le long du dos, sauf la tête.) : ICI

Enfin, Salem est un serpent-tigre leucistique.

Le leucisme est dû au pseudo-échec de sa transmutation. Pour faire court, le leucisme est une absence ou dégénérescence des cellules pigmentaires. Les iris sont normalement pigmentés ou de couleur plus claire mais jamais totalement dépigmentés comme dans l'albinisme. Il arrive donc que la peau soit tantôt blanche, tantôt partiellement jaune, mais ses yeux resteront d'un jaune hypnotique.

Exemple Image: ICI

Serpent-tigre leucistique:


Salem n'est pas plus sensible au soleil que les autres pour autant. Il paraîtrait même que les animaux leuciques soient légèrement plus résistants. Une chose qui n'est pas pour plaire au jeune homme, car la température de son corps est étroitement lié à sa capacité de renouveler son venin.  

Nous en sommes presque à la conclusion de ses larges capacités, néanmoins , il y a toujours un "Mais."

Mais lors de sa transformation, Salem peut utiliser l'ampleur de ses dons uniquement si la température le lui permet. Effectivement, à l'image d'un serpent et uniquement lors d'une transformation complète, Salem est ectotherme. Cela signifie qu'il a besoin de bouger et que sa température corporelle se réchauffe en fonction de celles qu'il trouve dans son environnement (ex: le soleil.) Autant dire que la température est nécessaire, voire capitale pour le bon fonctionnement de ses capacités. Venin, chasse, perception, ... Seuls son agilité, son odorat et sa discrétion n'en pâtissent pas.

Source: ICI

C'est sans doute ce qu'il expliquera ses soudaines manies de faire les cent pas et de vous presser de ne pas s'attarder dehors.  

Ce sera tout concernant ses capacités « animales ». Qu’en est-il de l’homme, à présent ?

Salem sait qu'il est le serpent. Depuis qu'il a rencontré un ami de cellule dans le zoo où il était enfermé, le jeune homme a appris à accepter cette partie de lui. Il a préféré la détourner contre les alchimistes qui lui ont mit dans le corps. Pour cela, il lui a fallu des années d’entraînement qu'il a entreprit tout seul. Physiquement et mentalement.

Aussi, Salem à découvert que son plus gros point fort restait la surprise. C'est pourquoi, il donne une mauvaise image de son physique. Rien n'est vraiment anodin mais cela ne veut pas dire que c'est toujours réfléchit pour autant. L'exemple concret est celui de ses vêtements. Non seulement, il aime rester au chaud mais en plus, la veste qu'il arbore – un manteau avec un col de fourrure épais – permet de dissimuler son corps – finement musclé – et le rendre rachitique aux yeux des autres, alors que ce n'est pas le cas. Une illusion d'optique.

Le jeune homme a appris à se battre pour renverser la force de son adversaire contre lui. Il n'est pas des plus minces, mais il n'est pas une armoire à glace pour autant, aussi il a été fort pratique d'apprendre quelques techniques d’aïkido. À l'heure qu'il est, ce sport n'est pas reconnu comme tel. Cependant, il n’empêche que certaines prises n'ont pour but que celle d'esquiver la force monumentale d'un assaillant. Qu'en est-il lorsque c'est Salem qui vous attaque ?

Si par malheur, il n'avait plus de venin à sa disposition (ou que la situation ne s'y prête pas.), le jeune homme serait forcé d'utiliser ses poings et son agilité. Elle ne lui permet pas de faire des sauts de trois mètres, cependant elle reste des plus indispensables pour parvenir à déstabiliser son interlocuteur. Pour ceux qui ont vu « Matrix », vous savez de quoi je parle. Pour ceux qui ne l'ont pas vu, sachez simplement qu'il peut aisément utiliser son corps pour parvenir à en faire à peu près tout ce qu'il veut... Sauf une rotation de la tête de trois-cent soixante degrés. Salem n'est pas élastique, simplement très agile et capable de se glisser dans des endroits insoupçonnés. (Il suffit de se souvenir de Martel pour cela. Alphonse, si tu me regardes, t'inquiète pas, un jour, on te vengera !)

En gros, il n'est pas fait pour boxer contre trois bodybuildeurs, mais il est compétent dans l'art de l'infiltration, l'écoute, l'observation et la défense. En soi, tout colle avec sa personnalité loin d'être colérique et spontanée. La seule raison pour laquelle Salem en viendrait aux mains, c'est qu'il n'aurait pas le choix (un ordre ? Une jalousie excessive ? Faites vos paris !)

Néanmoins, il n'est pas incassable. Chaque animal, chaque homme à ses faiblesses. L'acceptation de soi est une grande force et Salem la possède. C'est sans doute la meilleure qu'il est en plus de sa soif d'apprendre et de s'enrichir dans ce monde qui lui a tout pris. Ou presque.

Pour le reste... Hé bien, disons qu'il ne s'est jamais attardé à apprendre autre chose. Musique ? Littérature ? Promenade au parc ? Instruments ? Art de la conversation ?
Le jeune homme a appris à lire très tardivement et à commencé à parler tout aussi tard. Malheureusement, depuis qu'il une langue bifide permanente, il ne peut pas se complaire dans l'art de parler correctement. Les voyelles passent tout naturellement, mais sa langue est si longue que les consonnes sont juste très difficiles pour certaines. Par exemple, un "f" ressemblera d'avantage à une inspiration. Le "c" n'est ni plus ni moins qu'un "s" plus long. Le "g" est son pire ennemi. Ne parlons même pas du "k". Mais en gros, vous l'aurez compris, vous entendrez toujours cette sonorité bien particulière qui fait la célébrité des serpents... Un sifflement derrière chaque petit mot.  


Inventaire : la liste des objets et des armes du personnage.


Histoire





« Ils nous ont volés nos vies car techniquement nous n'avons rien qui puisse prouver notre existence. Ils nous bourrent le crâne avec des idées qui ne sont pas les nôtres et expérimentent leur alchimie sur nos corps endoloris. Ils nous cachent aux yeux du monde et nous font oublier jusqu'à notre propre nom... Qui sommes-nous pour pouvoir prétendre se battre contre ça quand on commence à penser que c'est à raison ? Mon esprit est vif et je me suis battu durant des années pour pouvoir parler ainsi... Car même parler devient un luxe quand de l'intérieur, on ne ressent plus qu'un vide. Cette femme, la rouquine, j'ignore son nom mais chaque jour je vois son visage en priant presque pour que ce soit le dernier. J'ai supplié mainte fois la mort de me sortir d'ici mais mon corps est bien plus résistant aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été. Salem. Ecoute-moi, Salem. C'est ton nom. Ne leur laisse pas te faire croire que ce n'est pas vrai. Je vais te sortir de là, gamin. Je le promets. ».

Un peu de vous

Pseudo : Dory .-.
Âge : C'est trop, maintenant.
Années Rp's : Je ne sais plus.
Un dernier mot ? :
~ Clin d'oeil à Dorothy Good, fille de Sarah Good, toutes deux condamnées pour sorcellerie lors du procès de Salem. Dorothy Good avait alors quatre ans. Une brève audience a été tenue concernant le cas de Dorothy Good, faussement orthographié « Dorcas » sur le mandat d'arrêt, lors de laquelle les accusateurs se sont plaints de morsures sur les bras. Condamnée, elle a ensuite été envoyée en prison, devenant de fait la plus jeune personne emprisonnée dans le cadre du procès des sorcières de Salem. Deux jours plus tard, alors que des fonctionnaires de la ville de Salem lui rendent visite, elle déclare être propriétaire d'un serpent, lequel lui aurait été donné par sa mère. Selon elle, ledit animal lui aurait parlé et sucé le sang de son doigt.

~ Matricule 20-02 ainsi que la date du 24/12 sont des clins d’œil à la série animée de "Witch Hunter Robin" diffusée au Japon entre le 3 Juillet et le 24 décembre 2002. "Robin" étant lui-même un petit rappel ainsi que la faculté du personnage principal à maîtriser les flammes, pour ceux qui savent Razz

~ "Fiona B. Bardoux" est un clin d’œil à l'avocat, écrivain et homme politique français Benjamin, Agénor Bardoux né le 15 janvier 1829 et mort le 23 novembre 1897.

~ Ci-joint des mentions à Félicité Desportès et Stéphane Wolfgang, les personnages que j'avais commencé à interpréter sur ce forum sans jamais les avoir terminé.


Source de l'avatar : Kai Chisaki - Boku No Hero Academia

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Salem Dorcas Good. [Pas fini]

MessageSujet: Re: Salem Dorcas Good. [Pas fini] Mar 12 Déc - 7:59
Premier Chapitre ~ Ascenseur.

~ Quelque part à Donbachi –  24 décembre 1891.


Il naît. Il n’a pas de nom. Cet enfant n’est pas différent des autres dans cette région si peu populaire. Il passe des bras des infirmières à ceux du médecin qui l’ausculte. Un bébé en bonne santé qui hurle miséricorde. Quelques sous dans la tirelire de ses parents affamés. Voilà ce qu’il est.

L’année découla très vite. Il n’aura aucun souvenir de ce moment déchirant. Déchirant et accablant, car sa mère ne le jeta pas dans les bras de ses nouveaux acquéreurs avec le cœur léger. Des larmes salées firent fleuve sur ses joues basanées et elle maudissait sa conception génitale pour lui avoir permit d’être portante. Son père se laissa aller à la contemplation du mur. Ainsi fut son départ. Silencieux.

~ Non loin d'Armadillo – 1897 (Six ans plus tard.)

Toujours pas de nom. Du moins, pas qu’il s’en souvienne. Ses premiers souvenirs remontaient à ses quatre ans. Entre sa première et deuxième vente, il ne se souvenait de rien. Il gardait simplement une photo dans sa poche, seul souvenir qu’un jour deux adultes furent ceux qu’il appelait « Papa » et « Maman ». Étaient-ils morts ? L’avaient-ils abandonnés ? Il n’en savait rien.

Il avait six ans et il ne savait qu’une chose ; s’il restait ici une année de plus, il mourrait. Il n’en pouvait plus. Jusqu’à présent, il survivait en présence d’une horde d’orphelins avec laquelle il avait été placé. L’endroit était modeste dans ce village paumé. Une vieille bâtisse décrépie et il faudra attendre encore un siècle ou deux pour espérer avoir de la chaleur dans ce taudis.

Dans cet orphelinat, pas question de donner des noms à des créatures sorties des entrailles d’un parent sans visage. Ici, la règle était simple : boulot, dodo. Si le travail n’était pas effectué, c’était une bouche qui n’avait pas besoin d’être nourrie. Pour un enfant, la règle était trop stricte et immorale. Pour un adulte, elle était le seul espoir de voir ce bâtiment tenir debout encore assez longtemps pour accueillir d’autres anges perdus.

Rares étaient les passants dans ce village, mais sa réputation le précédait. Ici, il était coutume (illégale, certes.) de pouvoir s’octroyer le rôle de parents pour une poignée d’argent. Elle était si modeste que le choix était vite fait. Les enfants étaient donc régulièrement alignés dans la coure de l’orphelinat.

« Brun, t'vas partir, tu crois ? »

Pas de nom, donc. Mais les enfants prenaient l’habitude de se trouver quelques surnoms avec le peu de connaissance qu’ils avaient en leur possession. Il s’appelait « Brun le sans mot ». Il ne parlait pas et le terme « muet » se trouvait hors de leur portée, caché dans un dictionnaire que les adultes n’avaient pas le temps de leur mettre dans la main. Les pelles et les pioches étaient déjà bien trop lourdes. Brun ne connaissait aucun mot et avait bien trop peur d’ouvrir la bouche pour écorcher un de ceux-là.
Il secoua la tête avant de la baisser à ses pieds. Lui, il ne partait jamais. Ça faisait trois ans qu’il était dans ce foyer et personne n’était resté assez longtemps devant lui pour prouver qu’il représentait un quelconque intérêt. Quand le garçon levait les yeux, les gens grimaçaient. Ils n’aimaient pas son regard. L’avait-on sorti du ventre de sa mère par une fente de boîte aux lettres ? Ceci expliquerait certainement pourquoi ses iris étaient déjà bien trop ovales pour le commun des mortels. En réalité, il n’en est rien, mais la lueur perçante dans son regard renvoie sa sauvagerie.

« 20-02 ! Viens ici ! »

Il gonfla les joues et releva la tête. La vieille gérante le héla une nouvelle fois et il s’approcha. Une femme et un homme se penchèrent sur lui pour l’observer. Impossible de ne pas les voir avec leurs vêtements clinquants de l’époque et ces cheveux d’un blond irréprochable. Ils sourirent, mais le garçon fut trop intimidé pour faire de même. Les adultes partagèrent un regard curieux et inquiet. Sera-t-il trop dur à élever ? Trop compliqué à comprendre ? Trop bête ? Trop, trop, trop…

C’était toujours comme ça.

« Bonjour. »

La femme s’agenouilla devant lui et pressa sa main dans la sienne :

« Je m’appelle Fiona et toi, comment t’appelles-tu ? »

Le garçon la dévisagea avant de lever les yeux vers la gérante. Cette dernière esquissa une moue dubitative :

« Les enfants n’ont pas de nom, Madame. Ils portent chacun une plaque avec un numéro pour qu’on puisse reconnaître ceux qui font partie de notre établissement. »

Peter Pan, où étais-tu lorsqu’on a besoin de toi ? Pourquoi n’existais-tu pas encore ?!

Brun leva les yeux au ciel. Pas question d’entendre 20-02 encore une centaine de fois aujourd’hui.

20-02, va faire la vaisselle. 20-02, pioche plus fort. 20-02, arrache ce mur. 20-02, va chercher des briques. 20-02, cimente mieux que ça. 20-02, rejoins ton lit. 20-02, 20-02-20-02-20-02-20-02-20-02-20-02-20-0...

« Garçon ? Garçon ?! »

Brun s’essuya la joue. Il s’était encore perdu dans ses pensées et attendait le moment fatidique ; ils se lèveront en le repoussant d’une main répugnée et prendront quelqu’un d’autre…

Fiona sourit lorsqu’il revint sur terre et lui ébouriffa les cheveux sans prendre garde à la suie qui les collaient.

« Il faudra te trouver un nom, qu’en dis-tu ? Que penses-tu de… Robin ? »

Hagard, le garçon détaillait Fiona. Ses longs cheveux blonds tombaient en cascade sur son épaule et un ruban rouge retenait sa frange. Ses grands yeux bleus pétillèrent alors qu’elle sortit très discrètement une petite voiture de sa poche. Elle la coinça dans la main de Brun en chuchotant à son oreille :

« Si tu es d’accord, Robin, nous pouvons t’emmener avec nous. Nous avons déjà préparé une chambre pour toi, à la maison. Est-ce que tu es d’accord ? »

Adieu Brun. Adieu 20-02. Adieu les heures de déblayage intensif de débris cimentés. Adieu la vaisselle montante d’une centaine de congénères ! Un sourire immense orna ses lèvres et des larmes jaillirent de ses émeraudes fondantes. Il ne tenait plus. Les deux poings refermés sur la petite voiture, il ravala ses sanglots, les épaules tremblantes. Il n’avait rien compris de ce qu’elle lui disait, mais les yeux ne mentaient jamais. Ce jouet dans sa main non plus. Il savait, à cet instant que son avenir se jouait.

« Vous le prenez ?! »

La vieille femme s’exclama comme si le choix était surprenant. Elle n’aurait clairement pas choisit un poussin maigre comme un coucou comme légitime enfant.

Fiona se releva sans quitter Robin des yeux et tendit la main vers lui :

« S’il est d’accord, nous le prenons. »

Brun tourna alors la tête vers l’homme. Le grand blond avait un sourire agrémenté d’un cigare aux lèvres. Il était géant ! Silencieux, intimidant, mais clairement moins que le mur à cimenter qui l’attendait autrement.

« Monsieur Good, ce sera 800 cenz. »

800 cenz. Une troisième vente, mais celle-là n’était pas pour lui déplaire. Il regarda le grand blond sortir les papiers froissés de son porte-feuille pendant que Fiona adressait un regard désolé vers les enfants alignés dans la coure. Ils restèrent silencieux, la tête basse avant d’être dispersés aussitôt que la transaction eut lieue.

Une nouvelle vie commençait. Ailleurs. Une vie meilleure.

*~*~*

Deuxième Chapitre ~ Premier étage.

Ils furent partis dans la foulée. Pas de baguages. Pas de valise. Pas de souvenirs pour Brun. Le voyage était fastidieux, mais c’était la première fois qu’il montait dans une voiture. La radio passait une musique qui crachait des paroles sans queue ni tête, mais B… Robin retenait principalement que le rythme était entraînant.

« Tiens, des papiers provisoires. Il va falloir t’habituer à brandir cette carte à chaque frontière ! »

Quatre jours, douze heures et six minutes plus tard, Robin se retrouva devant une maison aux briques blanches et au toit rouge dans la modeste ville de West City. Les baraques voisines lui ressemblaient. Son nez resta en l’air un long moment sous les rires amusés de ses nouveaux parents.

« Bienvenue chez toi, Robin ! Là, ce sera ta chambre ! »

Une pièce en soi toute petite. Un lit, une commode, une penderie et une caisse comportant des jouets. Petite mais tout ce qui faisait larmoyer le regard de Robin, insouciant et heureux. L’odeur des spaghettis dans la cuisine s’infiltrait doucement dans la chambre. Fiona l’accompagna dans toute la maison avant de le plonger dans un bain. Quelques frottages intempestifs plus tard, il se reluqua dans le miroir. Ses cheveux n’avaient jamais été aussi noirs. Sa peau était très blanche et c’était la première fois qu’il remarquait la tache de naissance en forme d’étoile sur sa cuisse droite. Il essaya de l’effacer en passant son doigt sur sa langue avant de frotter. Peine perdue. C’était moche. Il n’aimait pas. Il grimaça et releva son pantalon de pyjama pour la cacher.

Lorsqu’il s’avança dans le salon, Fiona et Dorcas l’accueillirent en se précipitant sur lui :

« Robin Good ! Tu es très beau sans la poussière sur ton visage ! S’exclama Fiona, un verre de vin à la main. »

Il les vit se ruer sur lui et Robin resta pétrifier de peur. Une chanson folklore filtrait dans toute la maison. Fiona effectua quelques pas de danse avant de baiser la joue de l’enfant.

« Très beau, en effet, mais il va falloir apprendre à ouvrir la bouche pour parler, Robin, gronda faussement Dorcas en agitant son index dans sa direction. »

« Attends qu’il prenne ses aises ! Il vient d’arriver. »

« Mais j’attends, Madame Good, susurra-t-il en empoignant sa taille. »

Les deux adultes s’étreignirent aussitôt et Dorcas batailla pour garder Fiona dans ses bras qui titubait légèrement. Robin fut impressionné par la scène de bonheur qui lui éclaboussait au visage. Il les regardait un à un en essayant de comprendre ce qu’ils faisaient. Se battaient-ils ? Ils avaient l’air heureux de le faire. La difficulté était au rendez-vous. Robin n’avait pas la moindre idée de ce qu’ils disaient. Leur langage était fluide, rapide et par conséquent incompréhensible pour un garçon qui venait d’une autre contrée.

« Je vais t’apprendre à ouvrir la bouche, moi, murmura Fiona en gloussant et en gobant une petite saucisse d’apéritif. »

« Oh ? Dès que Robin est couché, je veux bien… »

« Mais tu travailles ce soir ! Dommage pour toi ! roucoula la blonde. »

Elle le gratifia d’un clin d’œil avant de s’éloigner de lui pour prendre Robin dans ses bras :

« Viens manger ! Tu dois avoir faim. »

Dorcas les suivit dans la cuisine tout en reprenant son sérieux. Il sortit des petites lunettes de sa poche de chemise avant de plonger le nez dans des dossiers :

« Il faut qu’on s’occupe de lui procurer de vrais papiers rapidement. Il ne passera pas inaperçu dans le quartier. Avant ça, dis-lui de rester sagement à l’intérieur de la maison pour se faire aussi discret que possible. »

« Il t’entend, tu sais ? Il est là, rit la jeune femme. »

« Oui, mais il faut aussi qu’il apprenne sérieusement notre langue. Je t’avais dis que ce serait un gros risque que d’aller à l’extérieur du pays. Il va devoir rester très longtemps à la maison avant d’espérer en sortir. Et pour ça tu vas devoir lui expliquer. »

Robin les dévisagea, une fourchette de sauce tomate dans la main, les pâtes rectilignes lui dégueulant de la bouche. Oui, il était là et entendait tout mais à l’heure actuelle, il engloutissait sans assiette sans manière aucune. L’orphelinat avait été la jungle. La loi du plus fort. Les habitudes étaient tenaces et il s’aperçut bien plus tard que Fiona et Dorcas le dévisageaient comme s’il venait de brandir un couteau dans leur direction. Il cessa de mâcher. Ils explosèrent de rire devant sa mine déconfite.

« Prends ton temps, mon ange. Personne ne va venir te voler ton assiette. »

~ Des mois plus tard…  – 1897.

Fiona passa des jours à lui inculquer quelques manières et valeurs familiales. Elle ne parlait pas avec sa bouche mais toujours avec ses mains.
Se laver les mains avant de passer à table ? Se brosser les dents après chaque repas ? Attendre que tout le monde soit à table ? Des choses en somme toutes simples qu’il ignorait jusque-là. Comment aurait-il pu l’apprendre autrement ? Cependant, plus les mois passaient et plus le garçon se déridait. Peu habitué à ce train de vie, il avait peur qu’on le rejette. Maintenant, il avait la conviction qu’il allait rester ici. Ils ne le jetteront pas dans une fosse au moindre faux pas. Le nombre de fois qu’il l’avait fait en tout cas, Fiona ne l’avait pas grondé pour ça. Elle était d’une patience irréprochable. Sans doute côté scientifique. Robin retenait de mieux en mieux quelques mots-clés mais était incapable de formuler la moindre phrase. Néanmoins, cette vie commençait nettement à lui plaire !

Le seul problème, c’était les absences prolongées de Dorcas et Fiona quand ils partaient au travail. L’un militaire et l’autre avocat de renom*, leurs absences variaient en fonction des missions qu’ils effectuaient. Tantôt des jours, tantôt des mois. Il se sentait seul. Les jours se succédaient et ses deux parents lui manquaient. Ils étaient gentils et si attentionnés que dès qu’ils n’étaient plus là, ils laissaient un vide immense derrière eux. Pourtant, il les connaissait à peine. C’était une amie et collègue qui se chargeait de garder le petit moussaillon à son bord quand ils n’étaient pas là. Félicité était gentille, mais c’était essentiellement son chien, Hook qui animait les journées de Robin. La jeune femme était une pipelette et quand le garçon ne jouait pas dehors avec le canidé, elle lui parlait sans lui laisser le temps de respirer :

« Ta maman va revenir bientôt, tu sais. Ne sois pas triste, mon chou. Je ne vois pas pourquoi ils l’ont envoyé si loin. Mais il faut dire qu’elle a des compétences hors du commun ! Tu savais que c’est exceptionnel ce qu’elle fait ? Docteur en droit, avocate à Central City… cette ville est merveilleuse ! Tu l’adorerais ! Sénatrice… elle a été Ministre de l’instruction publique il y a quelques années alors qu’elle est si jeune… tout le monde dit qu’avoir quarante ans dans le métier c’est comme signer la retraite dans cinq ans, mais regarde ce parcours ! Son nom de jeune fille est connu partout, mon petit Robin ! Fiona B. Bardoux ! C’est sûr que c’est moins joli que Fiona Good. »

Elle reprit son souffle, l’air morne :

« Elle a toujours voulu un enfant et voilà qu’elle t’a toi. Elle a fait l’impossible pour t’avoir, tu sais ? Ici, il faut parfois attendre des années pour réussir à adopter et malheureusement, elle n’arrivait pas à … enfin, tu vois ! Elle a intérêt à revenir très vite. Je crois même que la perspective de la retraite ne l’a jamais autant intéressé depuis que tu es là. »

Félicité tapota la tête du garçon qui plissait les yeux pour chercher à comprendre ce qu’elle disait. Certains mots lui paraissaient être des sons qui sortaient sans avoir d’autre perspective que celle d’être désagréable.

« Ce client-là… je ne le sens pas. Je ne le sens vraiment pas, Robin. »

Félicité parlait avec les mains, les agitant en l’air en roulant des yeux. Un chapeau tricorne sur la tête, elle fascinait Robin qui la trouvait loin des mœurs de l’époque. Un peu comme lui.

« Bon, ton père, encore, je comprends. Mais Fiona ? Sérieusement ? Qu’est-ce qu’il peut y avoir à Donbachi ? Je sais qu'Armadillo n’est pas tout à fait l’exemple du « cousin lointain très cordial » et que la guerre menace chaque jour, mais tout de même. Elle défend qui là-bas ? Des soient-disant ressortissants ?! »

Elle mit prestement une main contre sa bouche en fixant Robin. Doucement, elle retira ses doigts :

« Est-ce que je… tu comprends ce que je dis ? »

Pas un foutu traître mot. Il secoua la tête et la jeune femme soupira de soulagement ce qui avait le don de perturber le garçon. La sudiste se pencha sur lui et son manuel de langue :

« Bref… Tu es adorable, petit Robin, lui dit-elle en lui ébouriffant les cheveux. Mais tes parents oublient vite que moi aussi, j’ai un travail… »

Elle soupira une énième fois et Robin haussa les épaules. Elle devait être soulagée puisque d’habitude elle ne cessait de le faire pour signifier que c’était le cas. Les jours passaient vite, car le cocon dans lequel était enfermé Robin n’était pas pour lui déplaire. Il apprenait à son rythme et passait la plupart de ses journées à jouer avec Hook. Mais un beau soir, son voisin, un garçon d’une dizaine d’année le surpris dans le jardin de la maison. Accompagné d’un adolescent à la barbe rousse, ils croisèrent les bras en le fixant. Le plus jeune, brun et basané s’exclama :

« T’es du coin ? J't'ai jamais vu ! »

Robin secoua la tête. Il fixa le rouquin derrière lui et serra les poings. Le jeune homme sourit en les observant. Il était le parfait contraste avec son camarade, aussi blanc que neige. Il avait l’air immense, bien plus grand que Dorcas alors qu’il était encore en pleine croissance. Robin bloqua sur lui mais le plus petit lui broya littéralement la main dans la sienne en se présentant :

« Je m’appelle Stéphane. Tu t’appelles comment ? Tu vis ici ? »

Effrayé, Robin retira sa main et recula, les bras tendus et les poings fermés. Stéphane et le rouquin se jetèrent un coup d’œil avant d’exploser de rire :

« On est venu se présenter, inspira le brun. Pas te tabasser ! »

« Laisse, Steph'. Je crois qu’il est timide. Il est plus jeune, c’est tout. Laisse-moi faire. »

L’adolescent sauta par-dessus la barrière qui délimitait leurs maisons et s’agenouilla devant lui. Il passa sa main d’albâtre dans sa chevelure de feu pendant que Hook le reniflait sous toutes les coutures. S’il sentait le moindre danger, il mordait. Ce ne fut pas le cas.

« Je m’appelle Georges. On vit ici avec cet énergumène de Steph'. Tu sais, dans le coin, il y a très peu d’enfants donc… C’est un quartier résidentiel et la plupart des personnes qui y habitent sont militaires. Genre, des hauts-gradés, tu vois ce que je veux dire ? Tu es chez les riches ! »

Robin secoua la tête avec plus de panache. C’était son credo. Georges lui tapota l’épaule :

« On ne te veut pas de mal. On veut juste faire connaissance, d’accord ? L’encouragea-t-il en levant les yeux dans son dos. C’est ta mère, là ? Elle est jol… »

Interrompu par le coude de Stéphane entre les côtes, le rouquin feinta d’avoir mal avant de pousser son compagnon. Tous deux accroupis devant Robin, ils se relèvent pour saluer Félicité.

« Mon père est Général, se venta Stéphane. »

« Il est surtout jamais là, petit couillon, alors arrête de te la péter, rit Georges. »

Stéphane croisa les bras très haut sur sa poitrine en grimaçant :

« Un jour, je ferais comme lui ! Je deviendrais militaire ! »

« Est-ce que tu étendras des livres d'Ishval partout pour bien qu’on comprenne à quel point t’es fier d’en être un ? »

« Ouais et alors ?! Avec mes cheveux, personne veut le croire ! Mais j’ai pas à me cacher ! »

Ils se retournèrent vers Robin pour guetter sa réaction. L’un sembla fasciné de découvrir s’il était rebuté ou curieux et l’autre arborait un sourire malicieux. Mais Robin cligna des yeux.

« Je crois qu’il n’a pas compris. Ou bien il s’en fout. Dans les deux cas, c’est plutôt intéressant, qu’est-ce que tu en penses, Steph ' ? »

Ce dernier esquissa un réel sourire depuis le début. Il reprit la main de Robin dans la sienne sans la délester de tous ses muscles, cette fois :

« Ravi de te connaître, euh… c’est quoi ton nom ? »

Robin ouvrit la bouche et la referma aussitôt en lançant un regard sauvage dans leur direction. Il ne les connaissait pas et n’avait aucune envie de le faire. Il recula vers Félicité. Cette dernière surprise envoya un regard désolé aux garçons. Robin s’engouffra dans la maison et sauta sous ses couvertures.

Les jours passant, Robin finit par se dire qu’il devait faire l’effort de s’excuser auprès de Stéphane et Georges. Ces derniers revenaient régulièrement pour lui proposer de jouer avec eux, mais Félicité devait chaque fois leur faire passer le message qu’il ne le voulait pas. Il avait peur d’eux. Peur que s’il passait le pas de cette porte d’entrée, elle serait fermée à clé. Peur de ne pas pouvoir retrouver son chemin. Peur de ne jamais revoir ses parents adoptifs. Ses parents adoptifs qui ne l’étaient pas encore. Et qui ne le seraient jamais.

Il apprit leur mort le premier jour d’école. Un mois de septembre lambda. Un jour pluvieux ordinaire. Il préparait son cartable avec appréhension, cherchant encore une solution pour s’enfermer à double-tour dans sa chambre et empêcher Félicité de l’emmener là-bas. Et le téléphone avait sonné. L’heure. Le glas. L’échec. Le chagrin.

Robin se tenait sur le pas de la porte, son manteau à capuche sur les épaules. Le cartable dans le dos et les doigts refermés sur les sangles contre son torse, il fixait Félicité. Elle était droite et raide, le combiné contre l’oreille. Hook, le grand chien, referma la gueule en observant sa maîtresse. Il émit un grincement guttural et frotta son museau contre le genou de l’enfant.

« D’accord… murmura Félicité. Je comprends. Où était-ce ? … Et… et comment est-ce que… »

La voix de l’autre côté du combiné ne lui laissait pas le temps de finir ses phrases. Ce que l’adulte entendit, Robin n’en saura jamais rien. Dorcas Good décéda suite à une blessure par balle dans le conflit politique qui confronta Amestris et Armadillo. Fiona, sur la même affaire en interne fut prise en otage alors que la guerre éclatait entre les deux puissances. Son corps ne fut jamais retrouvé.

Félicité reposa le téléphone sur son socle avec une précaution trop fine. La mâchoire scellée, elle tourna la tête vers lui, mais son regard éteint ne présageait rien de bon. Elle s’assit à même le sol en face de lui et vint lui saisir les épaules :

« Robin, j’ai… je ne sais pas comment te dire ça… »

Et c’était vrai. Comment lui dire que les parents qu’il avait appris à aimer étaient morts ? Comment lui dire qu’il se retrouvait orphelin et clandestin dans un même temps ? Encore une fois. Comment lui faire comprendre qu’on ne sait pas comment faire pour arranger la situation ? Comment faire pour l’aider, le soutenir et le rendre heureux après une telle tragédie ? C’était impossible. Félicité explosa en larmes devant le garçon. Il ignorait encore ce qu’il allait apprendre, mais des pleurs jaillirent de ses yeux en la voyant faire.

« Putain… putain, tu n’as que six ans… qu’est-ce qu’on va faire ? »

Les doigts de Félicité entouraient les bras menus de Robin et les serraient. Il renifla bruyamment, les genoux claquants l’un contre l’autre. Elle était démunit. Lui aussi. Et il comprit qu’il se retrouvait seul. Seul, parce que Félicité n’avait pas la force de relever les yeux dans les siens. Parce qu’elle le retenait de force, sans se rendre compte de ses propres sanglots. Cette femme avait-elle déjà vécue un drame ? C’était sans aucun doute la goutte de trop pour cette dame. Robin relâcha les sangles de son cartable et ses petits doigts vinrent tomber dans la chevelure rêche de Félicité. Elle releva les yeux sur lui, démunie et le prit dans ses bras. Ils s’étreignirent avec force alors qu’elle le soulevait du sol en se remettant debout. Par automatisme, le garçon enroula ses jambes autour de ses hanches. Les yeux verts de la militaire brillèrent de détermination et la colère fit trembler sa voix :

« Je ne te laisserais pas tomber. Tu ne retourneras pas là-bas ! »

Il hocha la tête, le nez dans son cou et les bras autour de ses épaules. Il fixait un point au loin. Très loin. Il fuyait déjà. À l’intérieur, Brun était déjà partit. C’est comme ça qu’il faisait quand il était triste. L’habitude le rendait catatonique, absent malgré son cœur qui se serrait dans sa poitrine sans dégonfler.

*~*~*

Troisième chapitre – Deuxième étage.

Il attendit que Félicité s’endorme sur le canapé. Debout devant elle, il repoussa maladroitement une mèche de cheveux des yeux de l’assoupie. Oui, il n’avait que six ans. Mais personne n’était encore rentré dans sa tête pour voir à quel point il était bien plus grand de l’intérieur. Il avait été obligé de grandir, de se battre et de survivre. Allait-elle pouvoir le sauver ? Il le croyait vraiment. Félicité l’avait emmené dans son appartement provisoire avant que la police ne vienne à la maison des Good. Brun n’arrivait pas à dormir. Il pensait sans cesse à ses deux parents qui lui manquait. Fiona aurait fait une mère joyeuse, belle et merveilleuse. Dorcas aurait été sévère quand il le fallait et joueur dans ses bons moments. Brun avait su tout ça en à peine quelques mois. Mais il n’était plus question d’avenir avec eux. Il s’imagina le chemin qu’il pourrait parcourir avec Félicité et Hook. S’ils arrivaient à devenir heureux, elle parlerait tout le temps et souvent pour rien, mais sa gentillesse et sa patience n’avait d’égal son grand cœur. C’était un chemin réparateur et apaisant malgré les larmes qui continuaient de lui faire trembler les épaules.

Soudain, la porte se fit tambouriner de l’extérieur. Félicité ouvrit les yeux, surprise par l’enfant devant elle. Elle se redressa et posa son doigt contre ses lèvres, curieuse et en alerte. Elle lui intima silencieusement de se mettre derrière la porte. Il s’exécuta, le souffle court et paniqué. Hook s’assit à ses côtés en lui léchant les doigts. Félicité alla ouvrir, ne laissant pas à son interlocuteur l’opportunité d’entrer :

« Bonsoir. »

« Bonsoir Madame Desportès. Police territoriale. Je me présente. Sergent Wolfgang. »

« Sergent, répéta Félicité en faisant un furtif salut militaire. »

L’homme le lui rendit aussitôt avant de se racler la gorge :

« Puis-je entrer ? »

« C’est pour quoi ? demanda-t-elle en s’appuyant d’avantage sur la poignée. »

« Nous enquêtons actuellement sur les défunts Lieutenant-Général Dorcas Good et son épouse,  Fiona Good. Suite à leur malheureux décès, de fâcheuses rumeurs circulent. »

« De quoi s’agit-il ? »

Le sergent inspira, mécontent :

« Il a été entendu qu’ils ont extraient un mineur d’un pays étranger. Un enfant de quatre ou cinq ans. Peut-être plus. »

Félicité haussa les sourcils en pinçant les lèvres :

« En quoi ça me concerne ? »

« Vous étiez, à notre connaissance, la personne la plus proche de la famille Good. »

« Qui vous a racontés ça ? Toutes ces histoires ? »

« Quelques voisins. Certains parents ont vu leurs rejetons traîner derrière la maison des Good et parler avec un enfant. »

« Peut-être que ça leur plaisait de se rejoindre là-bas. Quoi qu’il en soit, je ne vois vraiment pas. »

Le sergent haussa un sourcil et Félicité pencha la tête. Dans l’ombre de la porte, Brun retenait son souffle contre sa paume, les yeux exorbités. Hook ne bougeait pas, raide et en alerte sur le moindre fait et geste de sa maîtresse.

« Vous ne m’avez même pas demandé à quoi il ressemblait, rétorqua l’homme d’un air suspicieux. »

« Pourquoi le ferais-je puisque j’habite ici et non pas dans un quartier résidentiel de l’Armée, Sergent ? »

« Pour l’interpeller si jamais vous le voyez dans le coin. »

Félicité soupira ;

« Soit. Allez-y. »

Wolfgang baissa les yeux sur son bout de papier et énuméra sévèrement :

« Il fait entre un mètre dix et un mètre trente. Il est brun à la peau blanche. »

Un silence. La jeune femme esquissa un sourire, le coude contre la porte. Brun l’observait, nauséeux tant il avait la pression.

« En somme, si je vous suis… vous me dites de vous appeler dès que j’aperçois le moindre enfant qui soit brun et blanc ? Bon courage pour le retrouver, Sergent Wolfgang. »

Ils se toisèrent, l’une souriante et l’autre, revêche. Le sergent fourra son papier dans sa poche d’un geste rageur et plaqua sa main contre l’embrasure. Le bruit fut si abrupt qu’il fit sursauter l’enfant.

« Maintenant que j’y réfléchis, je vous ai déjà vu. Il y a un an, vous êtes venus nous voir car votre mari avait disparu dans le coin. Un militaire… vous avez fraîchement débarqué chez nous pour passer les concours de maître-chien, c’est ça ? Nous sommes des collègues, Madame Desportès. Nous pourrions peut-être nous soutenir un peu ? »

Félicité devint silencieuse, les yeux meurtriers. Elle présageait que la suite n’allait pas lui plaire.

« Ce serait tellement dommage que le dossier disparaisse, marmonna Wolfgang d’une voix faussement atteinte. »

« Vous me menacez ? »

« Non, Madame Desportès. Je vous transmets toute ma sollicitude et vous devriez en faire de même plutôt que de rire d’un enfant disparu, clandestin et sans doute orphelin. Il doit être dehors, mort de faim… tout ce que nous voulons, c’est le ramener chez lui. »

Il guetta le moindre changement dans le regard de Félicité. Cette dernière referma son poing sur la poignée avec plus de ténacité :

« C’est horrible. Mais je ne l’ai pas vu. »

« Comment vous auriez pu si vous habitez ici, n’est-ce pas ? Mais après tout, les garçons, à cet âge-là, ça court de partout. Nous ne sommes pas à l’abri de le voir par ici. »

« Tout à fait. Comment aurais-je pu. De toute manière, il y en a des tas. Bruns, blancs, blonds, bronzés… à moins de tomber dessus par hasard, je ne vois pas comment. »

« Faites attention à jeter un coup d’œil dans les culs-de-sacs. Les poubelles… il va bien finir par avoir faim et se montrer. Ça ce cache de partout. »

« Comme vous le dites. Mais pourquoi il se cacherait ? Il doit avoir envie de revoir sa famille. »

« Hé bien, vous savez, de nos jours… à chacun son mystère. »

Il sourit et Félicité commença à refermer la porte :

« Bonne soirée, Sergent Wolfgang. J’espère que vous serez chanceux dans votre enquête. »

« Vous de même, Madame. Vous de même. Perdre son mari, c’est affreux. Encore plus si l’on sait qu’il est encore en vie. »

« Je l’ignore, Monsieur, mais le sujet n’est pas là ! »

« Que ce soit un homme ou un enfant, quelle différence ? Nous suivons chaque dossier. C’est normal que nous soyons au courant. »

« Vous n’avez rien fait à l’époque pour m’aider et vous êtes en train de me dire que vous ne faites aucune distinction entre un militaire décoré et un clandestin de six ans ? Je vois bien où sont vos priorités, Monsieur Wolfgang ! Vous aimez chasser ! Vous préférez expédier les gens chez eux comme de la poussière sur vos chaussures ! J’espère que vous ne le retrouverez pas ! Il doit être bien mieux là où il est ! Mon mari a disparu et personne ne s’est donné la peine de me croire ! Tout le monde pense qu’il me trompe quelque part et qu’il boit un jus de fruit, étalé sur le toit d’un bateau de croisière ! Pour vous, c’est tout de suite plus grisant de chasser une proie de la taille de votre petite cervelle ! »

Elle referma la porte, mais la semelle du Sergent s’interposa à temps. Un sourire malicieux lui barrait les lèvres et il s’inclina en avant :

« Pardonnez-moi, Madame… je ne voulais pas vous offenser. Veuillez accepter toutes mes excuses et je vous promets de faire passer le mot à mes collègues pour que l’enquête reprenne avec plus d’enthousiasme. »

Échevelée, Félicita souffla de hargne et hocha la tête. Wolfgang récupéra son pied et la salua. Elle allait refermer la porte quand la voix de l’homme surgit doucement derrière le bois :

« Six ans, vous avez dit ? C’est plus précis que quatre ou cinq… »

Le cœur vagabond et les lèvres tremblantes, Félicité jeta un coup d’œil à Brun. Les deux mains contre sa bouche et des larmes le long des joues, l’enfant secoua doucement la tête en la suppliant du regard. Hook pencha la tête sur le côté, la gueule entre-ouverte et les dents serrées tandis qu’il observait sa maîtresse. Ses oreilles tendues sur son crâne, il releva son arrière-train du sol. Il sentait tout et d’avantage alors que Wolfgang percuta la porte de son pied, bousculant Félicité. Hook aboya et bondit sur le Sergent alors que ce dernier passait le pas de la porte. Sonnée, Félicité se redressa difficilement alors que les cris de Brun s’élevaient dans l’appartement. Totalement paniqué, l’enfant se colla au mur comme s’il souhaitait se fondre à l’intérieur. Les yeux exorbités, il observa le chien qui traînait l’homme par le bout de son pantalon. Wolfgang, grognant, sortit son arme de son écrin et visa Hook :

« Je vous préviens, hurla-t-il par-dessus les cris de Brun, s’il ne me lâche pas, je l’abats ! »

« Vous êtes dans mon domicile privé ! se défendit Félicité en se frottant le front. Et vous avez défoncé ma porte pour le faire !! »

« Et vous… »

Il reprit son souffle en souriant. Son regard se dirigea vers Brun :

« Vous avez un hypothétique immigré clandestin dans votre salon. Je pense savoir que c’est de votre plein gré étant donné qu’il ne fait rien pour échapper à votre regard et que nous n’avez pas l’air plus surprise que ça ? »

Il étouffa un juron quand les canines de Hook ripèrent contre son mollet :

« Faites-le lâcher ou je tire. Dernière sommation ! »

« Hook ! »

Félicité barra la vue de l’enfant et le chien se mit en défense devant sa maîtresse, gueule ouverte sur ses crocs.

« Écoutez… »

Wolfgang se releva :

« C’est à vous de décider, Madame Desportès. Soit vous ruinez votre carrière et vos espoirs de revoir votre mari, soit vous me donner cet enfant. Je ne dirais rien sur votre comportement si vous vous exécutez. »

« Sortez de chez moi ! Vous avez pété un câble ! »

« Soit… vous déclinez mon offre. Mais mes yeux sont grands ouverts et mon mollet est blessé. Je pourrais proclamer la légitime défense comme excuse alors que je poursuivais le malheureux bonhomme jusqu’à chez vous… »

Il feinta la tristesse en s’essuyant le front. Outrée et blessée, Félicité resserra son étreinte contre Brun.

« Il est rentré par effraction, ne voyant que cette porte ouverte… et alors que je le poursuivais, que vous vous apprêtiez à sortir, votre chien m’a attaqué et vous avez refusé d’obtempérer, poursuivit-il. »

La jeune femme, incapable d’en croire ses oreilles secoua la tête, muette comme une carpe. Wolfgang esquissa un sourire las :

« Alors ? Que choisissez vous ? »

« Personne ne gobera votre histoire. »

« La vôtre sera-t-elle plus imaginative ? Après tout, je suis sur l’affaire et vous non… comment expliquerez vous votre implication au côté de ce jeune garçon ? Allons, ça n’en vaut pas la peine. Il va simplement retourner dans son pays. Ce n’est pas la mer à boire. »

Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues et Brun, trempé des siennes, se cachait derrière elle. Félicité se retourna vers lui et s’agenouilla à sa hauteur. Hook se dressa devant eux et grogna sur le sergent. D’une voix faiblarde, la jeune femme murmura à l’oreille du garçon :

« Tu veux y retourner ? »

Il secoua vivement la tête en tapant du poing contre Félicité, de peur qu’elle le donne à lui. Au lieu  de quoi, elle lui souffla rapidement dans l’oreille :

« Cours. Réfugie-toi dehors pendant que je le retiens. Retrouve-moi plus tard derrière le bar de la place-centrale. Retiens-bien. Le bar de la place centrale. Son signe est facile à reconnaître. C’est un cheval barré de deux épées. Tu as compris ? Va s’y ! »

Elle se releva et fit volte-face sans un regard pour lui. Paralysé, Brun l’observa se ruer sur le Sergent pour le retenir, Hook sur les talons.

« Pars ! hurla-t-elle. »

Ses jambes bougèrent toutes seules. Il dévala l’escalier, contourna la vieille femme qui ouvrait sa porte en ayant été attirée par le bruit et poussa les lourdes portes battantes pour rejoindre la pluie et la nuit.

*~*~*

Quatrième chapitre – Troisième étage.

C’était bien pire. Il y avait toujours pire. Ramassé dans ses vêtements, Brun faisait le tour de chaque établissement sous le regard curieux des passants. Les lames d’eau lui tombaient dessus avec acharnement. Il passa une main dans ses cheveux mouillés, le regard perdu par toutes les enseignes qui défilaient. Félicité ne lui avait pas donné de nom à retenir. Il ne savait pas lire. Il chercha le cheval pendant ce qui lui sembla une éternité. Il y avait du monde partout, dehors, derrière les vitrines, dans la rue… et enfin il le croisa du regard ; un vieux socle de bois qui se laissait ballotter par le vent. Un cheval courait derrière deux rapières qui s’entrechoquaient.

Le gérant du bar animait une conversation joyeuse avec quelques hommes assis au comptoir quand une petite tête rentra dans son champ de vision. Elle semblait vouloir se faire encore plus petite, se faufilant entre les jambes et les mains des passants. Il se pencha sur le comptoir et attrapa le pan de son maillot dans sa grande paluche, soulevant l’enfant de terre :

« Hé ! Tu t’es perdu, mon petit ?! »

Il s’aida de son autre bras pour l’attraper plus facilement et le fit monter sur le bar, un grand sourire aux lèvres :

« Quelqu’un a perdu son mioche ? héla-t-il en souriant. »

La bonne ambiance était de rigueur et le vieillard ne sembla que vouloir apporter son aide. Les yeux convergèrent vers eux. Brun, dont les larmes n’apparaissaient plus au travers de la pluie qui l’avait rincée, observait ce monde, paralysé. Il était un morceau de viande offert à une meute de lions.

« Non, demande à Camille ! Lui répondit-on. »

« Camille ?! S’exclama le gérant. Tu le connais ? »

« Non ! Mais il est peut-être juste paumé ! Il est rentré s’abriter ! »

« Ouais, peut-être. Personne, alors ?! Gerald ? Ben ? Sally ? »

Tout le monde secouait la tête. Brun s’assit sur le comptoir, les deux mains accrochées au rebord. Le gérant se mit à sa hauteur :

« Tu es avec quelqu’un ? C'pas un endroit pour toi, ici. Mais si t’as perdu tes parents, j'peux peut-être t’aider. Comment tu t’appelles ? T’as un numéro ? »

Brun l’observa. Ses yeux étaient fixes sur ses lèvres. Malgré la peur qui l’assaillait, il déglutit prudemment. Ce qu’il avait prit pour une attaque semblait être une main sincèrement tendue pour lui venir en aide. Mais les apparences commençaient à devenir de plus en plus trompeuses. Un peu comme ce Sergent. Un peu comme Félicité qui n’apparaissait pas. Il jeta un coup d’œil à la porte close et lorsqu’il tourna la tête vers le gérant, ce dernier qui le tenait par l’épaule rigolait d’une blague lancée au loin par un compagnon de boisson. Ce rire perché devant la tragédie qu’il vivait, c’en fut trop. Les pelles et les pioches en venaient à lui manquer. Il commençait à espérer que tout ceci ne soit qu’un cauchemar et qu’il se réveillerait sur sa paillasse à l’orphelinat. Brun attrapa la main qui le tenait et planta ses dents à l’intérieur. Le gérant s’étrangla avec son hilarité et hurla de surprise.

Le garçon sauta du comptoir et lui passa derrière, s’enfuyant à toutes jambes en profitant de l’hébétement général. Les portes claquèrent dans son dos et la fontaine qui faisait le centre de la ville lui apparut. Devant elle, une unité de la police attendait avec une femme menottée. Son chien muselé tendit ses oreilles en le voyant. Félicité le remarqua alors et secoua la tête, toutes larmes dehors. Elle détourna la tête en donnant un coup de langue contre son palet. Aussitôt, Hook l’imita.

Et ce fut comme s’ils ne s’étaient jamais connus. Les épaules de la jeune femme tremblaient à mesure que s’élevait sa colère :

« Je ne sais pas où il est ! hurla-t-elle au policier qui la harponnait par le devant sa veste. »

Plus loin, le Sergent Wolfgang signalait la description de Brun à plusieurs policiers. C’était sa seule ouverture. Son moment. Sa fuite. Mais Brun restait posément immobile en fixant le dos de Félicité. L’abandonnait-elle ? Il comprenait l’urgence de la situation mais comment se résoudre à la vision d’un dos qui se tournait ? Ça faisait mal.
La porte s’ouvrit dans le sien et le gérant apparut :

« Hé, gamin ! »

Brun sentit ses cheveux se dresser sur sa tête quand les policiers firent volte-face vers eux. Félicité aussi. Hook aussi. Un souffle lui échappa quand il les regarda se tourner. Il respirait de nouveau sans se rendre compte qu’il avait retenu toute son oxygène. Brutalement, Félicité frappa les testicules de son vis-à-vis d’une jambe peu amène :

« Hook ! siffla-t-elle entre ses dents. »

Le chien bondit derrière le Sergent Wolfgang qui courait dans sa direction. Brun échappa de justesse à la main qui se tendait dans son dos. Il délaissa le paysage chaotique de Félicité qui se débattait avec la hargne d’une diablesse pour créer le plus de désordre possible. Contre toute attente, elle s’en sortait parfaitement bien avec les bras dans le dos. La dernière chose qu’il vit ce fut cette femme qui sautait en faisant passer ses bras sous ses pieds pour libérer ses mouvements. Elle décocha un coup de poing au policier qui la tenait et courut derrière le chien.

Brun disparut dans l’angle d’une rue quand le coup de feu retentit. Ce bruit résonna dans sa tête et ses oreilles se mirent à siffler comme s’il fut à côté. Un deuxième résonna dans le centre-ville suivit d’un gémissement succinct. Un corps qui tombe. Un animal qui souffre.

Les poings serrés, il courut aussi longtemps qu’il le put sans même se retourner pour voir s’il était poursuivit. Les voitures circulaient de partout. Il en évitait plus d’une dizaine en dérapant, en tombant, en s’essoufflant. Aveuglé par les phares et les reflets de l’eau au sol, il continua de fuir sans reprendre haleine. Le coup de feu continuait de se jouer dans sa tête.

Ils sont derrière moi. Ils sont là. Ils sont vivants.

Il entendait ce qu’il voulait croire. Hook s’était relevé. N’est-ce pas ? N’est-ce…

Brun n’avait jamais sentit une telle adrénaline dans ses jambes. Il pressentait que s’il s’arrêtait, il ne pourrait plus marcher et encore moins courir. Alors il fuyait. Les maisons défilaient dans sa rétine. Les enseignes, les bars, les commerces, les restaurants… et les champs.

Quand il n’eut plus rien d’autre que des chemins de terre et des champs à perte de vue, il s’écroula en plein milieu de la route. Son corps nerveux tremblait de son propre chef. Sa poitrine se soulevait en faisant rebondir son dos du sol. Sa respiration sifflante peinait à sortir de ses poumons. Ses doigts refusaient de plier, trop raides. Ses gencives saignaient. Il manqua d’avaler sa langue en déglutissant. Le regard rivé sur le ciel noir, il crut mourir, incapable de reprendre son souffle. Une fatigue de plomb le clouait ainsi. Son esprit torturé mélangeait ses derniers souvenirs. Et ce fut à cet instant qu’il comprit pourquoi il y eut deux coups de feu. Son cœur manqua un battement. Au même moment, des phares se profilaient au loin. Brun se ramassa difficilement. Il fixa cette lumière qui se rapprochait avec une hargne incontrôlable. La voiture ralentit devant lui et un homme ouvrit sa portière, hagard.

« Qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? »

Il mit un pied au-dehors du véhicule et Brun attrapa la première pierre qui lui passait sous la main. Il la jeta en hurlant avant de se saisir d’une branche sèche. Il courut vers la voiture en frappant de ses petits bras contre le capot. L’homme protesta aussitôt et claqua la portière avant de se saisir du poignet de l’enfant. Ce dernier donna des coups de pieds coléreux et mordit le doigt à sa portée en lançant le bâton dans les airs. L’homme le lâcha en ramenant son doigt vers lui. Toute cette colère ! Cette tragédie, ce bouleversement… !!
Il tapa jusqu’à voir des bosses sur le capot devant l’air stupéfait de l’homme qui tentait par moment de le retenir. Les minutes défilaient et ce n’étaient que des cris et des plaintes qui traversaient sa bouche sèche. Au bout d’un moment, il cessa tout simplement. Essoufflé, il fixait le capot et jeta son bâton brisé. Il avait poursuivi avec ses poings malmenés s’en sans rendre compte. Il leva péniblement les yeux sur l’homme et le fusilla de son regard de serpent. À cet instant précis, ce blond était toute la représentation de sa misère. Mais il ne pouvait rien lui faire. Encore moins songer à cela. Alors il tourna le dos et s’effaça dans le champ de tournesol.
Robin Good n’était plus.

*~*~*

Cinquième Chapitre – La panne.

Il pouvait toujours y avoir pire. Affamé et éreinté, perdu en plein milieu d’un champ de blé. Les tournesols étaient à des kilomètres derrière lui et Brun tomba à genoux dans le sillon boueux. Il avait faim, soif et surtout besoin d’un bon sommeil réparateur. Ses paupières cherchaient à se fermer toutes seules et il luttait pour ne pas s’écrouler. L’aube était haute dans le ciel et Brun se remit sur ses pieds, la tête basse et les bras le long du corps. Ses semelles traînaient dans la boue, créant des murs sur la toile qui recouvrait ses orteils. Il tomba de nouveau. Il avait passé la nuit à marcher et courir quand le moindre bruit lui avait apparu comme suspect. Il ne connaissait rien des sons que la nuit apportait avec elle, en pleine campagne ; les animaux qui détalaient au bruit qu’il provoquait, le hululement au loin, le vent qui glissait sur les feuilles, les renards qui grognaient derrière un fourré, les sangliers qui couraient au loin… le son de son propre cœur qui lui paraissait étranger tant il était fort.

Brun appuya sur ses bras pour se relever et continua en titubant. Il n’avait plus la force de lever les yeux et les gardait rivés sur ses genoux.

Avance.

Un pas.

Toi aussi.

Un autre.

Allez.

Il s’écroula. La vue lui tournait et des étoiles vinrent danser devant le ciel qui s’obscurcissait doucement.

[…]

Un sifflement désagréable dans son oreille. Un poids sur son estomac. Une chose visqueuse et humide. Brun papillonna des yeux. Des écailles. Un œil fendu et une langue bifide qui lui caressa le bout du nez. Brun sursauta violemment et se traîna en arrière alors que la couleuvre se laissait tomber de ses jambes.

« Capucine ! »

La voix d'une fille retentit dans les quatre coins de sa tête. Il ne perçut que ses jambes alors qu'elle attrapait l'animal sans geste précautionneux. Une habituée. Elle bondit sur ses talons en le remarquant à son tour et un jeu de regard s’enclencha. Brun releva la tête pour l'observer. Une peau de soie sur un visage piqueté de taches de rousseurs. Des cheveux roux encadraient ses yeux verts et écarquillés de surprise. L'un comme l'autre, ils ne bougèrent pas tandis que le serpent sifflait entre eux, cherchant à enrouler sa queue autour du bras de sa porteuse. Elle se laissa faire alors qu'elle murmurait plus doucement encore :

« Bonjour. »

Brun se renfrogna aussitôt. Il se releva, les jambes flageolantes et brandit ses poings devant lui. La rouquine fit un pas en arrière, interrogative. Capucine, perfide Capucine, se laissa tomber du poignet de sa maîtresse pour avancer dangereusement sur le garçon. Il serra les dents.

« Capucine ! Laisse-le tranquille ! ordonna la jeune fille. »

Elle paraissait plus âgé. Sa robe à fleurs suivaient chacun de ses amples mouvements alors qu'elle s'agenouillait pour recouvrir l'animal de ses bras, comme si elle se montrait... Protectrice. Elle releva les yeux sur Brun avec la détermination de le faire et il se sentit ébranlé.

« 'Ne fais pas de mal à Capucine ! »

Il se perdit dans le regard perçant de la bête, les lèvres tremblantes mais ses poings se rangèrent dans ses poches. Un vertige le prit et il tituba. Plus rassurée, la fille l'observa longuement.

« Tu es perdu ? »

Elle se releva et plus la fatigue assommait Brun, plus elle entreprit de se rapprocher de lui. Il ne se rendait guère compte qu'elle brisait la distance qui les séparait et quand il croisa son regard, elle était déjà trop près pour qu'il puisse prendre ses jambes à son cou. Capucine autour des épaules, elle tendit une main vers lui pour serrer la sienne :

« Tu as besoin d'aide ? Tu n'as pas l'air bien. »

Elle inclina la tête sur le côté en voyant qu'il ne réagissait pas.

« Tu comprends ce que je te dis ? »

Il l'imita en pliant le cou et baissa les yeux sur la chaleur que provoquaient les doigts de la jeune fille contre les siens. Sa paume réchauffait ses phalanges gelées et pigmentées de bleus. Quand il releva les yeux pour la fixer, elle sembla retenir son souffle, les iris voyageant dans les siennes comme pour chercher à décrire son regard.

« Cassidya ! appela une voix grave. Nous y allons ! »

La magie, qu'importe ce qu'elle contenait à ce moment-là, se brisa. Cassidya s'arracha à la main de Brun et répondit :

« Je suis là, Papa ! Viens, s'il te plaît ! »

Brun commença à paniquer. Il secoua la tête, virulent, le rouge aux joues tout en formulant muettement sa désapprobation. Même si la jeune fille avait tourné la tête pour guetter l'arrivée de son paternel, Capucine ne lâchait pas Brun des yeux. Effrayé, le garçon fit volte-face, prêt à rattraper la course dans laquelle il avait prit du retard. La main de Cassidya intercepta la sienne :

« Attends ! Nous pouvons t'aider. »

Pâle, voire vert tant il paniquait, Brun tira sur son poignet avec vigueur en voyant le grand chapeau faire son apparition entre les blés. Il manqua de respirer et lançait des éclairs avec son regard aussi fendu que celui de l'animal qui semblait sourire de son malheur. Capucine siffla dans sa direction, réactive à la peur du garçon. Si elle ne faisait rien pour le mordre, il pouvait en remercier la rouquine qui tentait de l'apaiser, une main tendue entre eux :

« Tout va bien. C’est mon père. Il est médecin. Il va pouvoir te… Aie ! »

Brun venait de la mordre à l'avant-bras et elle le lâcha. Il prit ses jambes à son cou mais c'était déjà trop tard. Le père de Cassidya examina cette dernière qui lui envoya un regard d'appel à l'aide. Le grand bonhomme qui ignorait ce qu'il passait n'y vit qu'un turbulent garnement s'étant attaqué à sa fille. Il se mit à courir derrière le garçon et le rattrapa en quelques foulées en le saisissant par le bras. Dans l'élan, Brun se retrouva aussitôt en face à face avec lui.

« Hé ! Pourquoi t'as fais ça ? demanda-t-il. »

Son œil aiguisé examina aussitôt l'état dans lequel il se trouvait et sa mine colérique se transforma. Cassidya arriva derrière eux :

« Ce n'est rien, Papa ! Il doit avoir peur… je l'ai trouvé là. Je crois qu'il ne comprend pas qu'on veut l'aider. »

« Hé, petit… »

Brun avait les yeux rivés sur la prise ferme, mais pas douloureuse de la main contre son bras. Il tira vers lui mais les muscles ne tressaillirent même pas. Il se sentit faible. Seul et faible.

« Mon papa peut t'aider, ajouta la rouquine en apparaissant à ses côtés. Fais-moi confiance… s'il te plaît. »

Brun secoua la tête. Contre toute attente ceci émerveilla le visage de la jeune fille qui s'exclama :

« Tu comprends ce que je dis ?! »

Il la hocha prudemment, les yeux vagabonds et sauvages entre le père et la fille.

« Est-que tu peux parler ? »

Brun hésita. Les rares fois où il avait ouvert la bouche, c'était devant le miroir ou Félicité pour réciter ses exercices. Ça n’avait rien d’exceptionnel. Il hocha de nouveau la tête. Son cerveau sembla taper les rebords et il tourna de l’œil dans la seconde même. C'en était trop. C'en était beaucoup trop.

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Salem Dorcas Good. [Pas fini]

MessageSujet: Re: Salem Dorcas Good. [Pas fini] Mar 12 Déc - 7:59


*~*~*

Sixième chapitre – Quatrième étage.

Le bois qui craque dans la cheminée. La chaleur infuse du feu qui s'anime dans sa boîte. Un chien qui tourne, tourne, tourne et se retourne sur le tapis avant de s'y allonger. Un serpent qui rampe tranquillement en dessous de la table de la cuisine. En voyant ça, Brun écarquilla les yeux, étouffant sa stupeur car bien incapable de bouger ne serait-ce qu'un orteil.

« Du calme, lui souffla une voix féminine. »

Il leva paresseusement les yeux sur la rouquine. Elle était assise sur le bord du canapé alors qu'il  restait étendu à l'intérieur comme un loir. Elle plongea ses mains dans la bassine d'eau à ses pieds et en ressortit un gant qu'elle déposa sur son front. Une œillade plus tard, il comprit qu'elle ne semblait ni en colère, ni apeurée. Elle tamponna ses tempes en ajoutant :

« Tu as de la fièvre. Une très grosse fièvre. Repose-toi, tout ira bien. Mon Papa est médecin. »

Ledit « papa » apparut dans son champ de vision, grand sourire aux lèvres. Brun manqua de défaillir en sursautant et Arthur explosa de rire :

« Tout va bien, bonhomme ! T'es en sécurité ! »

Arthur avait rapidement fait le lien entre le garçon recherché en ville avant-hier soir et celui qui squattait son canapé depuis deux jours sans ouvrir un œil. Cependant, ce médecin de campagne ne pouvait pas se résigner à livrer un clandestin à la « justice ». La raison était simple. Il savait où il allait très certainement finir. Les lois étaient les lois, pourtant il était conscient que son canapé était bien plus confortable que la banquette d'une camionnette qui le ramènerait piocher dans un pays pauvre.

Les cinq jours qui suivirent ne furent que somnolence et cauchemars perpétuels. Lorsque le garçon ouvrait un œil, c'était pour vérifier qu'il n'avait pas bougé de sa couchette. Quand la jeune Cassidya tenta de l'y extraire pour le ramener dans un lit de l'étage, il mit toutes ses forces dans l'entreprise de rester cloué au canapé. Il ignorait où elle voulait l'emmener et la bulle qu'il avait crée autour de ce canapé semblait plus sacrée encore qu'une statue d'Ishvala. Elle n'eut pas le cœur de se battre pour ça et renonça. Cependant, en bonne fille de médecin, elle se transformait en vraie tornade sévère lorsqu’il s'agissait d'avaler des pilules bizarroïdes et des soupes de légumes amères. Un soir, il la surprit au bout du canapé, en train de lire une histoire.

Sa fièvre était descendue depuis belle lurette, mais le garçon ne bougeait toujours pas. Il passait la journée à regarder Arthur faire des allers-retours et accueillir ses clients. Lorsque ces derniers se questionnaient sur lui, il fourrait sa tête sous la couverture sans chercher à connaître la raison que leur donnait le médecin. Quoi qu'elle fût, elle était efficace car plus personne ne posait la question. Les clients étaient réguliers et c'étaient toujours les mêmes têtes. Il arrivait que ce soit Arthur qui se déplace et pendant ses absences, Cassidya restait près de Brun pour le surveiller. Elle lui lisait des histoires, lui montrait des dessins pour argumenter ce qu'elle disait et lui proposait de venir jouer. Il refusait à chaque fois à cause du serpent qui accompagnait la petite fille de partout.

Quinze jours plus tard, il posa les pieds sur le sol. Arthur encouragea sa progression d'un pouce en l'air tandis que Cassidya tentait de le rassurer quant à la présence de Capucine. Il retourna aussitôt dans le canapé. Elle était à deux doigts de perdre tout espoir. Mais comme chaque soir, elle s'assit sur le bord du canapé et ouvrit un livre :

« Il était une fois trois ours qui vivaient dans une jolie maison nichée au cœur de la forêt. Il y avait Papa ours, grand et fort, Maman ours, douce et ronde et un petit Bébé ours. Chaque matin, Maman ours préparait une délicieuse bouillie d'avoine pour le petit-déjeuner et remplissait ainsi trois bols ; un grand pour Papa ours, un moyen pour elle et un tout petit pour Bébé ours. Puis toute la famille partait se promener le temps que le petit-déjeuner refroidisse. »

« Trois ? »

« Oui. Trois bols. »

Elle s'apprêtait à continuer sa lecture lorsqu'elle remarqua qu'il venait de parler. Elle se tourna vers lui, bouche-bée et il leva timidement sa main de sous la couette, le pouce et l'index en l'air :

« Trois ? »

Elle se retint de sauter de joie et remua des épaules en croisant les jambes, se raclant la gorge :

« Non, ce que tu viens de faire, c'est « deux ». Mais ici, on fait trois comme ça. »

Elle leva son index, son majeur et son annulaire. Brun prit le temps d’analyser ce qu’elle venait de faire et tenta de le reproduire. Cassidya rajouta :

« Si tu veux pas que les policiers sachent qui tu es, il faut que tu fasses « trois » comme moi. »

Il leva les mêmes doigts avant de s'exclamer :

« Deux ! »

Stupéfaite, la jeune fille comprit qu'elle avait du pain sur la planche. D'un sourire aimable, elle referma le livre pour aller chercher ceux qu'elle avait gardé dans un carton, souvenir de ses premières années d'école. Elle avait dix ans, une prestance agréable et une voix douce. Brun écoutait attentivement et peu à peu, la couette glissait de son corps alors qu'il s'asseyait à côté d'elle pour regarder les images.
Le lendemain, il suivit assidûment les leçons de Cassidya et elles ne s’arrêtèrent plus.

~ Six mois plus tard.

« Un, deux, trois, quatre... si... non... se... non... cinq ! Six ! Sept ! Euh... huit et... »

Comme à chaque fois qu'ils entreprenaient de réciter les exercices, Cassidya s'asseyait sur le muret en face de la maison tandis que Brun lui faisait face, mains derrière le dos, piétinant le sol comme si ce dernier cachait une anti-sèche au plus profond. Sa professeur avait été d'une patience irréprochable et d'une taquinerie enfantine. Alors qu'elle regardait Brun trancher entre le douze et le dix-sept, elle leva neuf doigts en prononçant le mot sans voix. Brun plissa les yeux pour lire sur ses lèvres et s'exclama :

« Dix ! »

Elle secoua la tête et gonfla ses lèvres comme si elle s'apprêtait à faire un bisou dans le vent :

« N... »

« Neuf ! Dix ! Onze, douze, treize, qu...torze ! Qu... Seize ! Dix-neuf ! »

« Pas trop vite ! rit la jeune fille. »

Il baissa la tête, abattu et maugréa :

« J'arriverais pas. Jamais. C'est dur… et les lettres… je mélange dans tête. »

« Ce sont des nombres. Courage ! Ça ne fait pas si longtemps que ça et puis tu t'exprimes déjà beaucoup mieux ! »

« Tu dis la vérité ? balbutia-t-il. Ou tu... pas obligé de... men.. de... »

Il souffla comme si chaque mot lui coûtait un nerf. Cassidya s'approcha doucement et lui mit le livre entre les mains. Il le feuilleta quelques secondes avant de pointer un mot du doigt :

« Mentir. »

« Je ne mens pas. Je suis sincère. Ça ne fait pas si longtemps que nous étudions et tu comprends déjà presque tout ce que je dis ! C'est plus facile de l'entendre que de le dire. Mais ça viendra car j'ai confiance en toi ! »

Elle lui offrit un grand sourire et lorsqu’il releva la tête, elle détourna les yeux. Il fit de même dans le sens opposé et esquissa une moue boudeuse. Il voulait vraiment lui faire plaisir, à mesure qu'il appréciait sa présence. Il ne pouvait plus s'en passer et dès qu'elle accompagnait son père chez les clients, il se sentait triste entre le chien et le serpent. Il aidait au ménage et à la cuisine et la question qui lui brûlait les lèvres n'avait jamais dépassé sa pensée.

Est-ce que je peux rester ?

Il faisait alors tout son possible pour n'avoir jamais à entendre Arthur lui demander de partir. Quitte à supporter la présence de Capucine.
Six mois, c'était presque l'échéance. C'était à partir de là qu'il avait appris la mort de Fiona et Dorcas et que Félicité était morte. Cette vérité-là l'effrayait.

Il remit le bouquin dans les mains de Cassydia, plus motivé que jamais à lui montrer qu'il connaissait sa leçon. Il commençait trop à les apprécier pour devoir partir... Il ne devait pas les décevoir. Depuis l'hiver dernier, il occupait une chambre à l'étage comme si sa présence ne gênait pas la petite famille. Malgré tout, il restait sur ses gardes qu'un jour on vienne l'extraire de son lit pour le traîner à la porte. Il ne parlait quasiment jamais devant Arthur et toujours et uniquement devant elle. Ce qu'il ignorait, c'est que le médecin appréciait les épier de sa fenêtre pendant sa pause café. Il s'amusait de voir sa petite fille devenir moins timide et de constater l'évolution du garçon grâce à elle. L'affaire sur le clandestin recherché en ville commençait à se tasser... Il se demandait ce qu'il allait faire du bonhomme mais une chose était certaine, il ne le laisserait pas dehors comme un bout de viande dans une mer de requins. Si Brun maîtrisait suffisamment la langue pour faire oublier son accent, Arthur espérait pouvoir le faire sortir d'ici de temps en temps. Mais pour l'heure, il y avait du travail. Les «r » roulaient dans la bouche de Brun comme si c'étaient des « l » et l'intonation de sa voix trahissait ses origines extérieures. Ce qui faisait d'avantage rire le médecin c'était quand Brun se mettait à la dictée.

« Ce monsieur était salement vêtu d'une veste grise et son allure était triste, énonça Cassidya en se léchant les lèvres. »

Brun la fusilla du regard. Ils savaient tous trois que la lacune principale du garçon était de prononcer les « s ». Il oubliait sans arrêt le son de cette maudite lettre qui dans son pays, se prononçait « ch ». C'était de là qu'était né le petit surnom que Brun aimait donner à la rouquine.

« Cachi. »

Elle tira la langue en souriant en lui faisant un signe du menton, signe qu'il fallait qu'il s'y mette. Il soupira en fixant le sol. Le silence fut long. Puis il se lança :

« Che... »

Il inspira profondément :

« Ce mônsieur était salement vêtu d'une veste grise et son allure était triste, articula-t-il tel un auto-mail parlant.»

« Répète le mot « triste. »

« Triste. »

« Encore. »

« Triste… »

Cassydia esquissa un sourire pendant que Brun plongeait ses mains dans ses poches :

« Pourquoi ? demanda-t-il. »

« Parce que c'est le seul moment où j’arrive à deviner à quoi pourrait ressembler ton sourire tant tu appuis sur le « i ». Il serait beau. »

Il la dévisagea longuement.

« Triste, rajouta-t-il. Triste. Triste. Triste. Triste ! »

Il éclata de rire et Cassydia le rejoint aussitôt dans son hilarité. Leurs voix enfantines se répercutaient contre les murs de la maison et Arthur avait un sourire en pâtes d'oie. C'était la première fois qu'ils partageaient un fou-rire incompréhensible aux yeux des adultes. Mais ce n'était pas le dernier.

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L'aurore à la campagne était apaisante. Les montagnes enneigées se dressaient fièrement derrière un lit de brume épais. Le soleil perçait, réchauffant les toits des maisonnées. Il alla se cacher sous un nuage, dispersant ses rayons au quatre coins.
Brun repensa au fou-rire d'hier. C'était la première fois que son cœur se réchauffait d'une telle sensation de légèreté. Il avait peur d'y croire. Peur que ce ne soit qu'un passage éphémère. Était-ce pour ça qu'il avait expressément demandé à ce que Cassidya dorme avec lui ? Capucine rôdait toujours avec elle et ne manqua pas à l'appel. C'était dire combien il en avait eut envie. Arthur, réticent avait fini par céder en mettant deux lits dans la même chambre. Les enfants mirent la pièce sans dessus-dessous et les lits se transformèrent en appui de cabane quand le drap devenait le toit, les chaises les poutres, et les matelas, le sol. Les livres d'éducation sociale et de langue traînaient entre eux, allongés dans ce fouillis. Le garçon se redressa tout en observant Cassidya. Elle dormait à poings fermés, ses longs cheveux roux éparpillés autour de son visage serein. Elle était belle. Elle était gentille. Elle était grande. Elle était tout, à ce moment précis. Enveloppée dans sa chemise de nuit, elle roula sur l'autre flanc, lui dissimulant malgré elle son beau profil. Brun s'avança encore, presque au-dessus pour voir si elle dormait encore. Piètre façon de penser lorsqu’on prend le temps de se faire la réflexion car ce qui devait arriver, arriva. Elle ouvrit les yeux au moment où il passait son bras au-dessus d'elle. Surpris, il tomba à la renverse, percuta une chaise et se laissa disparaître sous la couche de draps. Le rire de Cassydia résonna dans la pièce et une main apparut pour le libérer de son entrave.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Il la fixa, une boule dans la gorge qui l’empêchait de parler. Elle croisa son regard et le détourna aussitôt. Intrigué, il pencha la tête sur le côté :

« Je suis désolé de tu réveiller. »

« Ce n'est pas grave. »

Elle lui offrit un grand sourire et instinctivement, il gonfla le torse. Il voulait l'impressionner et malgré ses sept ans, lui montrer qu'il pouvait être un homme. Il commençait à trop l’apprécier et ses pensées se mélangeaient dans sa tête. Alors même qu'il voulait sourire, il esquissait une tronche de six pieds de long comme pour dédaigner ses sentiments. Être amoureux, c'était compliqué et on ne savait jamais comment s'y prendre. Surtout pour un enfant. Elle haussa les sourcils quand soudain Capucine glissa dans le dos de Brun. Il bondit de son assise sans réfléchir et se réfugia « aux côtés » de Cassidya. En réalité, il termina derrière elle, le menton contre son épaule et les deux mains accrochées dans son dos. Il se maudit tout en continuant de secouer la tête :

« Approche pas ! Approche pas ! »

« Elle ne te fera pas de mal. Capucine n'est méchante qu'avec les méchants messieurs. Tu es méchant ? »

Il secoua la tête et elle lui prit la main :

« Viens. »

Elle s'approcha de Capucine et lui caressa le dos :

« Il faut être doux avec les serpents et les manipuler avec soin. J'adore les serpents, rajouta-t-elle, les yeux pleins d'étoiles. Leurs écailles sont magnifiques ! Et regarde cette tête ! Elle est trop mignonne. »

Brun secouait vigoureusement la tête en la regardant. Il n'était pas d'accord du tout mais préférait ne pas lui enlever cette expression du visage.

« Capucine, ça lui va si bien ! continua-t-elle. Les noms, c'est important. C'est une identité. Toi, c'est quoi ton nom ? »

Il baissa la tête. Il ne voulait pas du nom qu'on lui avait donné. Celui-ci n'avait fait qu'apporter des malheurs. Brun, ça lui allait bien. C'était impersonnel. Vagabond. Aride. La jeune fille insista du regard mais Brun ne rajouta rien.

« J'aimerais tout de même pouvoir t’appeler par un prénom, moi, dit-elle en se tapotant le menton. Je peux, s'il te plaît ? »

Il haussa les épaules et la rouquine, agenouillée devant lui, se pencha pour lui prendre les deux mains :

« Que dis-tu de Stanislas ? »

Ça faisait très aristo. Il ouvrit la bouche, le nez tremblant en essayant de le dire :

« Stanishlas. »

Elle esquissa une moue dubitative :

« Peut-être pas, finalement... Oh ! Stannis ? S... »

Elle proposa plusieurs noms, tous ayant une intonation plus ou moins référentielle aux serpents. Elle devait vraiment les aimer. Capucine observait les enfants tout en se glissant sur les épaules de sa maîtresse. Elle siffla en fixant le garçon et il tressaillit.

« Salem ? proposa Cassidya sans se démotiver. »

Capucine siffla encore. Il avala maladroitement sa salive :

« Salem ? C’est plus facile que l'autres. »

« Ça te plaît ? »

Elle pouvait l’appeler comme elle le voulait, si ça sortait de sa bouche, ça lui plaisait forcément. C'était drôlement chaleureux qu'elle lui donne un nom. Il esquissa un sourire. Gênée, la jeune fille rajouta :

« Mais tu avais forcément un nom, n'est-ce pas ? Tu es sûr que... »

« Je n'ai pas de... nom. Sauf... Là ! »

Elle sourit et il tendit la main :

« Cassy. »

Elle la lui prit et rigola :

« Salem. »

Ils se serrèrent la main et la jeune fille feinta de remettre son dos droit, une mimique adorable aux lèvres :

« C'est très solennel, rit-elle. »

À ce moment précis, il avait envie de la prendre dans ses bras. Il ignorait ce que solennel voulait dire mais le regard de Cassy était trop beau pour le laisser passer, comme l'ombre d'un soleil. Ils s'étreignirent, chacun la tête sur l'épaule de l'autre et la jeune fille soupira d'aise :

« Salem, tu es comme le petit-frère que j'ai toujours jamais eu... je suis tellement contente de t'avoir trouvé ce jour-là !  »

Il transpirait à grosses gouttes en sentant Capucine s'insinuer dans leur étreinte et d'autant plus lorsqu'il comprit qu'il était « le frère ».
Une opération est née ce jour-là.
Opération CCC. Conquérir le cœur de Cassy !

*~*~*

Septième chapitre – Cinquième étage.

Deux ans plus tard ~ 1900.

Il jeta son torchon contre le plan de travail tout en dévisageant Capucine. Cette dernière était restée ici alors que Arthur et Cassidya étaient partis voir quelques clients. Il soupira en brandissant une cuillère en bois entre lui et le serpent :

« Je te tolère, mais c’est tout ! gronda-t-il en gonflant les joues. »

Ils se confrontèrent du regard, mais le serpent sentit quelque chose qui changea la donne. Il s’approcha et Salem monta sur le plan de travail :

« Déguerpis ! Va-t’en ! »

Capucine ondula longuement sous son nez avant de prendre le chemin inverse comme si le jeu l’amusait énormément. Il souffla et redescendit de son perchoir. En général, il parvenait à garder un sang-froid inébranlable mais Capucine le mettait dans tous ses états.
Salem venait d’avoir neuf ans. La vie qu’il menait ici était un rêve. Il était incapable de le voir autrement. Quand bien même l’opération CCC se montrait infructueuse, Salem aimait cette vie ! Et Capucine n’était qu’un grain dans le rouage. Une misère à peine visible. Pour l'heure, il s'affaira à nettoyer le sol avant le retour du médecin. Il aimait lui faire plaisir même s'il n'osait toujours pas parler en sa présence. Cet homme n’avait jamais évoqué la possibilité de le mettre dehors et rien que pour ça, il l'appréciait grandement. Il lui faisait penser à Dorcas. Au peu qu'il avait vu de Dorcas. Tantôt très sympathique. Tantôt sévère comme il se doit. Mais Arthur récompensait toujours les efforts et aimait apprendre de nouvelles connaissances aux enfants. Il avait emmené Salem au marché, une fois, en hiver. La neige et la pluie avaient été un bon prétexte pour mettre une capuche épaisse sur son crâne d'étranger et son jeune âge suffisait à expliquer le peu de mot qui sortait de sa bouche. Salem n'avait pas quitté une seule fois la main de Cassy, de peur de les perdre. Il avait eu la trouille de sa vie. En rentrant, il avait été si heureux de ne pas avoir été largué dans un panier à légumes, qu'il avait enlacé le paternel et baiser la joue de la fille. Dans la suite, il avait pris un balai et récurer toute la maison sous les yeux hagards du médecin. Ce dernier tenta bien de le rassurer sur le sujet mais le garçon semblait trop vigilant pour le croire sur parole.
Un an plus tard, Salem se sentait chez lui. Il comprenait qu'à présent, Arthur disait la vérité. Ce dernier n'avait jamais menti. Il lui avait expliqué qu'il ne tentait pas de se débarrasser de lui, mais qu'il souhaitait au garçon de trouver une famille maintenant qu'il était plus civilisé. Salem ne comprenait pas vraiment pourquoi Arthur ne pouvait pas simplement le garder ici et ignorait totalement que les réserves du médecin baissaient depuis qu'il y avait une autre bouche à nourrir. Les problèmes d'adulte, tout ça...

On frappa à la porte. Salem se figea. Les clients ne se présentaient jamais en dehors des heures de rendez-vous, ni même les jours de congés. Personne ne venait quand il était tout seul. Il fixait la porte comme si cette dernière allait l'avaler tout cru. On frappa encore. Puis encore. Et...

« Arthur ? Êtes-vous là ? Nous avions rendez-vous ce soir, mais je suis arrivé plus tôt dans la région. Arthur ? »

[...]

« Ils nous ont volés nos vies car techniquement nous n'avons rien qui puisse prouver notre existence. Ils nous bourrent le crâne avec des idées qui ne sont pas les nôtres et expérimentent leur alchimie sur nos corps endoloris. Ils nous cachent aux yeux du monde et nous font oublier jusqu'à notre propre nom... Qui sommes-nous pour pouvoir prétendre se battre contre ça quand on commence à penser que c'est à raison ? Mon esprit est vif et je me suis battu durant des années pour pouvoir parler ainsi... Car même parler devient un luxe quand de l'intérieur, on ne ressent plus qu'un vide. Cette femme, la rouquine, j'ignore son nom mais chaque jour je vois son visage en priant presque pour que ce soit le dernier. J'ai supplié mainte fois la mort de me sortir d'ici mais mon corps est bien plus résistant aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été. Salem. Ecoute-moi, Salem. C'est ton nom. Ne leur laisse pas te faire croire que ce n'est pas vrai. Je vais te sortir de là, gamin. Je le promets. »

[...]

1902 – 11 ans.

« Un... deux... trois... cachée ou pas.... j'arrive !! »

Salem décolla du mur de la maisonnée et regarda les alentours. Un arbre. Deux. Une cour vide. Une terrasse pleine de neige. Arthur qui déblayait l'allée alors qu'une voiture approchait. Mais pas l'ombre de Cassidya. Il fit le tour de la maison avant de se planter devant Arthur :

« Elle est rentrée dedans ? »

Le médecin esquissa un sourire au coin en relevant sa pelle pleine de poudreuse :

« Je ne te dirais rien. À moins que tu puisses négocier ? »

Salem haussa les épaules en croisant les bras :

« Je trouverais. »

« Ah... Ça risque d'être compliqué. Tu es sûr ? »

« Vous essayez de m'embobiner. »

Le médecin rit chaleureusement en pelletant :

« Très bien. Je te donne le choix entre... faire ton gâteau d'anniversaire contre un indice ou bien... »

Il s'agenouilla pour lui faire face et lui tapota l'épaule :

« Un coup de main pour déblayer tout ça. »

« Mon gâteau de quoi ?! s'exclama le garçon, ahuri. »

Arthur rit :

« Quoi ? Tu croyais que j'avais oublié ? T'es grand, maintenant ! »

C'était la première fois qu'on proposait de fêter son anniversaire. C'était la première fois qu'il disait à quelqu'un la date à laquelle il était né. En réalité, il ne la connaissait pas. Il l'avait inventé de toute pièce et astucieux comme il l'était, avait choisit une date approximative d'une fête de fin d'année pour ce faire. Cela lui permettait de penser que son anniversaire était très attendu.
Le garçon eut un sursaut en avant tant il avait envie de prendre l'homme dans ses bras, mais il se retint.

« Je dois trouver Cassy. »

« Il vaut mieux, oui, répondit Arthur, faussement sévère. »

« Je dois lui dire. »

« Parce que tu crois qu'elle n'est pas déjà au courant ? Je te donnes un indice... elle est quelque part entre un truc vert, un autre truc vert et un truc très très vert. »

Le gamin fit volte-face en courant. Il hurla :

« Je reviens vous aider ! »

« Surtout pas. Retournez vite au chaud ! Vous allez attraper la mort ! »

« J'insiste ! »

« Si tu reviens, tu prends une boule de neige ! T'es prévenu ! »

« D'accord ! A tout à l'heure alors ! »

Arthur rit en le regardant s'éloigner derrière la maison en direction de la petite forêt de sapins. Le gamin allait avoir onze ans et ça faisait bientôt quatre ans qu'il était là. Des années à se forcer pour ne pas s'attacher à un électron libre. Mais Arthur l'aimait bien. Et il n'était pas le seul.

« Arthur ! »

Un homme descendit de la voiture et vint lui serrer la main. Cet homme, Raspoutine était venu le solliciter il y a trois ans pour rejoindre son cabinet médical. Cela faisait trois ans qu'Arthur refusait de laisser ce village sans leur unique médecin et que Raspoutine insistait. Mais ce trentenaire ne venait plus uniquement pour cela. Depuis qu'il avait fait la connaissance de Salem, il venait régulièrement lui rendre visite pour apprendre à le connaître. Le garçon commençait à l'apprécier à sa juste valeur. Raspoutine était bienveillant et il jouait souvent avec lui et Cassydia. Il racontait des histoires magnifiques de ses voyages à travers le pays. Il insistait mielleusement sur les capacités d'Arthur et sur le fait que ce dernier pourrait lui être très utile lors de ces quêtes à travers le monde. Combien de vies il pourrait sauver. Il arrivait que Raspoutine disparaisse quelques mois mais quand il revenait, Salem était heureux de le revoir. Cette vie avait fini par le rendre insouciant et son envie de croire à ce bonheur lui avait fait oublier combien la chute pourrait s’avérer mortelle. Mais pour l'heure, Salem retrouva Cassy derrière le tronc d'un sapin et ils se mirent à courir en contre-bas. Cassydia jeta une boule de neige en riant à Salem qui tentait de la rattraper. Il l'esquiva et plongea sur elle, encerclant ses hanches de ses bras et la faisant tomber. Salem se retrouva littéralement sur elle, le nez entre sa poitrine.

De la neige tomba d'une branche d'arbre, s'étouffant parmi la poudreuse au sol. Leurs rires fusèrent parmi les troncs. Les joues rouges de par le froid, Salem se redressa.

« Désolé. »

Il ne semblait pas très désolé. La jeune fille se releva :

« Fais attention, s'il te plaît. »

Il hocha la tête.

« J'ai gagné. »

Il esquissa un sourire et tendit la main :

« Fais pas la tête. Tu gagneras la prochaine fois. »

Cassydia décroisa les bras et esquissa un sourire :

« Tu te trompes. J'ai gagné ! »

Elle passa à ses côtés et donna une pichenette dans la branche d'arbre qui se trouvait juste au-dessus de Salem. La neige lui tomba dessus alors qu'elle se mit à courir vers la maison. Il la poursuivit en  riant et en tentant d'attraper toute la neige qui lui tombait sous la main pour la lui balancer.

« Cassy ! Attends ! »

Plus grande, elle galopait vite. Elle se retourna pour l'attendre, les joues fendues par un beau sourire. Le visage encadré par ses beaux cheveux roux emmêlés, elle remit une mèche de cheveux derrière son oreille rougie :

« Je suis juste là. Je serais toujours là ! »

Salem arriva à sa hauteur, essoufflé et leva les yeux vers elle :

« On devrait se le promettre ! »

Il tendit la main, de nouveau et attrapa la sienne :

« On sera toujours ensemble, pas vrai ?! »

Cassydia esquissa un grand sourire. À ce moment précis, elle savait une chose, une merveilleuse chose que Salem ignorait. Elle hocha la tête et prit sa main :

« C’est promis. »

« Promis ! s’exclama Salem en la prenant dans ses bras. »

Sa tête lui arrivait à la poitrine et ses bras se refermèrent dans son dos :

« Plus unis que toi et Capucine ? insista-t-il, l'oreille contre son cœur. »

« Aussi unis, précisa-t-elle. »

Elle le repoussa doucement et lui fit un bisou sur la joue. Il rougit comme un phare en pleine nuit alors qu'elle riait en courant au loin.

« Aussi unis qu'une fille et un serpent ? »

[...]

« Veux-tu venir avec moi, Salem ? »

Le garçon leva les yeux sur Raspoutine. Assommé par ce qu'il venait d'entendre et la main qui se tendait vers lui, il n'avait plus de mot pour exprimer sa joie. L'homme se frotta le crâne, gêné :

« Hé bien, en général il faut répondre quelque chose, car je me sens affreusement bête... »

« Oui !! hurla presque l'enfant. »

Il lui sauta dans les bras et Raspoutine riait de bonheur.

« Je ne pensais pas que tu m'aimais autant. Regardez-ça, Arthur. Je vais être papa ! »

Salem se laissa frotter le crâne tandis qu'il se tournait vers Arthur et Cassy. Tous les quatre assis dans le salon du médecin, ils achevaient le repas quand Raspoutine avait enfin proposé à Salem de l'adopter. Arthur resta pantois avant de reposer sa tasse de thé :

« Vous ne m'en aviez pas parlé. Du moins, vous aviez dit que vo... »

« Ma décision m'appartient. À moi et à Salem, bien-sûr. S'il veut de moi, je le prends volontiers pour voyager avec moi. Ça te plairait de voir du pays ? demanda-t-il en souriant au garçon. »

« Oui ! Ce serait trop bien ! »

Salem fixa Cassy. Elle papillonna des yeux, interdite.

« Tu reverras ton amie, ne t'inquiète pas. Nous viendrons vous rendre visite. »

« Mais… vous… vous voulez partir quand ? »

« Ce soir. »

Salem tenta de déchiffrer la réaction de Cassydia. Sans résultat. Il laissa les adultes et prit la main de la jeune fille :

« Tu n'es pas heureuse ? »

« Ce… »

Elle esquissa un sourire :

« Si. Ce n’est pas ça. C’est… C’est si soudain. Je serais triste quand tu sauras parti. »

« Mais on se revoit, n’est-ce pas ? On ne se quitte pas ? On a promis ! »

Elle serra sa main dans la sienne :

« Tu as raison, souffla-t-elle. Promis. »

Elle baissa la tête sous le regard perplexe du garçon. Cassydia et Arthur venaient d'être pris de cours. Ce que le garçon ignorait c'est que ça faisait des mois que le médecin se battait pour obtenir des papiers à Salem en vue d'en faire légalement son fils. Il n'avait toujours pas obtenu les autorisations adéquates, mais Raspoutine semblait avoir la situation en main.

« Il est gentil, rajouta Cassy. »

« Oui… mais vous allez me manquer ! »

Salem la prit dans ses bras et elle le serra contre lui. Malgré eux, quelques larmes venaient rougir leurs yeux.

« Pourquoi ce soir ? Pourquoi maintenant ? gémit Cassidya. »

« J'ai un rendez-vous à l'étranger demain et j'aurais aimé que Salem vienne avec moi. Tu le veux, n'est-ce pas ? Salem ? demanda Raspoutine en se penchant vers les enfants. »

« Oui, mais... »

« Ne t'en fais pas. Ça ne dure que quelques jours. J'ai toute une famille à te présenter. Ta nouvelle mère. Et tes nouveaux frères et sœurs. Nous reviendrons voir Cassidya et Arthur d'ici une semaine. »

Son sourire était tant rassurant et doux que Salem hocha la tête sans discuter. Tant d'années aux côtés d'Arthur et sa fille... il n'était pas encore parti qu'il sentait leur absence lui peser. Mais l'idée de les revoir très vite rendait ce voyage à la rencontre d'une nouvelle famille plutôt excitante. Il se tourna vers Cassydia :

« Merci. »

Elle pencha la tête sur le côté en frottant ses larmes :

« De quoi ? »

Salem esquissa un sourire. Le dernier.

« De tout. »

***

« Est-ce que c’est magique ? »

« La magie n'existe pas. »

« Est-ce que c'est loin ? »

« Nous sommes bientôt arrivés. Boucle ta ceinture et ta petite bouche avec, par la même occasion. »

Salem esquissa une moue boudeuse en se remettant dans son siège. La voiture était partie depuis des heures et l'humeur de Raspoutine avec, visiblement. Le garçon regardait le paysage défiler par la fenêtre de l'automobile sans se douter un seul instant que toute cette neige serait la dernière qu'il verrait avant un long, très long moment. Il avait regardé la maison du médecin et de sa fille jusqu'à ne plus la percevoir. Ce souvenir était le plus douloureux. A jamais. Il était pire que la mort. À cet instant, pas encore mais…

« On arrive dans combien de temps ? »

Le conducteur soupira tandis que Raspoutine se retourna violemment vers Salem :

« Ferme ta bouche ! »

Le garçon, abasourdit se paralysa. Raspoutine avait toujours été si doux, si calme...
Le concerné souffla rageusement avant de retirer sa ceinture. Il passa à côté du garçon :

« Écoute... je suis à cran. Ta nouvelle famille est nombreuse et j'ai peur que nous arrivons en retard. Ça fais si longtemps maintenant qu'ils attendent ce moment. »

Il esquissa un sourire. Rassuré, Salem entoura les épaules de son nouveau père entre ses bras :

« Merci »

Cassydia avait déteint sur lui. Si douce. Si gentille.

Il y avait vraiment cru.

Que le monde pourrait être ainsi.

Que rien ne pourrait plus lui arriver.

Que le bonheur était à sa portée.

*~*~*

Huitième chapitre – Sixième étage.

Valora – Fin 1902.

« Voici ta nouvelle maison, annonça Raspoutine. »

Salem ne comprenait pas. Ils rentrèrent dans le zoo bondé de monde. La structure était gigantesque et les enfants s'amusaient à effrayer les animaux en cage. Salem grimaça. Il y avait tant de monde. Des adultes partout. Des hommes et des femmes, heureux de regarder un spectacle qui n'en était pas un. Le garçon aurait pu y prendre goût lui aussi s'il ne commençait pas avoir un mauvais pressentiment. Il se rappela soudainement qu'il avait prit à peine le temps de dire au-revoir à Arthur. Une sensation d'urgence envahit sa poitrine et il voulut faire demi-tour. La main de Raspoutine dans la nuque, il se fit diriger ainsi le long d'un couloir.

« Où sommes nous ? demanda le garçon. »

« N'est-ce pas évident ? souffla Raspoutine. »

Il entendit son rire dans son dos alors qu'ils déambulaient entre les singes, les rats et les hyènes. Ils passèrent devant une grande vitrine qui présentait le tigre de Donbachi. Le seul. Une autre où il y avait des lions blancs. Des loups. Des chevaux.

« Espèce protégée. Mais je te connais bien, Salem... Toi, ce qu'il te faut... c'est ça. »

Raspoutine le planta devant un vivarium où un tas de serpent grouillait. Salem claqua des dents, effrayé et le regard exorbité. Il fixa le reflet de Raspoutine dans la vitrine et tressaillit:

« Je ne comprends pas... »

L'homme s'accroupit pour être à sa hauteur :

« Des années... Tu imagines ce qu'il faut faire pour avoir des personnes dignes de confiance dans un établissement pareil ? Il faut se montrer ingénieux jusqu'au bout des ongles. Pour ne pas attirer le regard d'autrui, il faut être capable de trouver des cobayes insignifiants. Qui ne manqueront à personne. J'allais régulièrement chez Arthur pour le contraindre à rejoindre notre cause, mais voilà que je tombe sur une perle rare... un garçon sans identité propre. Un fantôme. »

Incapable de respirer, Salem restait immobile en fixant le serpent qui rampait dans sa cage. Raspoutine continua gaiement, mais discrètement. Sa voix rauque ne tombait dans l'oreille que d'une seule personne :

« Ce genre de travail et long et fastidieux et en fin de compte il porte ses fruits, car te voilà dans ta nouvelle famille. Je te présente Maman, dit-il en pointant le serpent du doigt. »

Il ricana doucement :

« Tu ne connais pas la meilleure ? Je déteste les enfants. Je crois que c'est pour ça qu'on m'a engagé pour ça ! Mais t'as quand même réussi à t'attacher. Je dois avoir un don. C'est le sourire ? Ecoute-moi bien. Ça fait des années que je vais voir ce cher docteur dans l'espoir qu'il vienne travailler pour nous... des années que je suis un chien qui sans arrêt renifle sa proie... mais par chance, je ne reviens pas bredouille. Je n'allais pas abandonner si près d'un nouveau but ? Chaque expérience compte. Je ne suis pas un scientifique, mais j'apporte le meilleur dans cette histoire. L'engrais. La petite graine qui germe. Le reste, c'est leur boulot. Tu vois ce serpent ? C'est ta nouvelle et prochaine famille. Voici mon cadeau. Je parle bien du mien et non du tien. Vois-tu... Dans cette magnifique institution, je ne peux tirer aucun profit de tout le travail que je m’emploie de faire car il faut être très, très silencieux... Cependant, j'ai obtenu grâce aux yeux de mes … employeurs ? On les appellera comme ça. Ce sera plus simple pour toi. Ils ont été cléments. Chaque fois que je ramène un cobaye, j'ai le droit de choisir avec quelle bête ils vont le transmuter. J'ai vu ton dédain pour la couleuvre. Mais tu vois, celui-là ? Il est bien plus perfide et effrayant. Et comme je te l'ai dis... je déteste les enfants.  »

Il le tira en arrière, profitant de son mutisme et de sa stupeur pour l'emmener loin des regards, dans les couloirs souterrains. La voix de son prochain tortionnaire se répercuta aux murs :

« Bienvenue à la maison ! »

[...]


« Quel est ton nom ? »


Salem releva ses yeux sauvages sur le vieil alchimiste et lui hurla son prénom. Il reçut un coup de poing par le gardien qui le maintenait fermement sur la chaise.

« Quel est ton nom ? répéta l’aîné. »

« Salem ! »

Ses dents sautèrent en même temps qu'il se prit un énième coup dans la figure. Celui-ci fut suivi d'une gifle assez violente alors que le vieil homme récitait d'un ton monocorde, habitué :

« Ici, tu n'as pas de nom. Tu n'as pas de droits. Tu n'as que des devoirs. Tu portes un matricule et tu t'en tiendras. Tu n'es rien. »

Comme une scène mille fois répétée, le gardien sortit son flingue et le posa le canon contre la tempe du garçon pendant que le vieillard ajoutait, les mains dans le dos :

« Je vais te poser la question une dernière fois. Une toute dernière f... »

On entendit un coup de feu battre les murs. Un silence macabre s'installa, perturbé par la respiration intense de Salem. Son corps tremblait tout seul et ses muscles étaient à l'agonie. L'alchimiste soupira :

« Quelqu'un n'a pas retenu la leçon. Là était ce où je voulais en venir. Si tu te trompes, tu mourras car si tu te trompes... tu ne sers à rien. »

Dans le coin de la pièce, Raspoutine acheva de manger sa pomme, un bras croisé sous l'autre. Il observait avidement l'enfant. Mais Salem ne comptait pas céder. Il l'avait fait bien trop facilement jusqu'ici. Il le fusilla du regard alors que ses lèvres formaient déjà l'esquisse de son prénom. Raspoutine se dressa devant lui avec une rapidité fulgurante et avant même qu'il est pu sortir un seul son, lui envoya son poing dans l'estomac pour le faire taire.

« Je me suis fais chier pendant des années pour te ramener ici alors tu vas pas faire ta grosse tête ! »

Il lui déchira les cordes aux poignets qui le retenait contre la chaise et l'envoya valdinguer dans un coin de la pièce sous l’œil affûté et las de l'alchimiste. Le gardien rangea son arme, en toute confiance. Raspoutine se rua sur l'enfant et lui envoya d’innombrables coups de pieds dans le nombril jusqu'à entendre la plainte malvenue d'un os qui craque à mesure que son pied remontait vers le thorax. L'homme ne  s'arrêta pas en si bon chemin et s'agenouilla pour l'agripper à la nuque. Sa tête fit des rebonds contre le ciment de la pièce alors que Raspoutine prenait à cœur de le  tabasser avec une haine à peine masquée. Il alternait entre poing, coude et pieds jusqu'à l’essoufflement. Les minutes défilèrent comme des heures et chaque seconde semblait plus acide.

« Ton nom ! Quel est ton nom ?!! rugis Raspoutine. »

Salem n'était plus qu'un visage de chair et de sang, les yeux gonflés et aveuglés par sa peau traîtresse. Les dents déchaussées, le souffle rauque et vagabond, il ne savait plus que penser, ni quoi faire pour se défendre. Chaque coup était une morsure à laquelle il ne s'était pas attendue. Chaque mot était un crachat à la figure. Raspoutine s'insinuait dans sa tête comme un vil serpent pour lui faire mordre dans un fruit soumis. Il voulait l'entendre se soumettre, mais sa bouche était déjà bien trop éclatée pour prononcer quoi que ce soit. A la grande honte de l'enfant, s'il avait eu les dents et le moral pour parler, il lui aurait lâché ce qu'il voulait entendre.

Car il ne voulait pas mourir.

Avec le recul, il repensait à cette scène avec une honte douloureuse. Il aurait aimé invoquer le pouvoir de l'arrogance et de l’orgueil et l'envoyer se faire voir. Mais à l'âge de douze ans, recroquevillé dans ce coin de cellule sous les yeux de trois monstres, il avait eu envie de les supplier de l'épargner.

Incapable de la moindre syllabe, ils l'avaient jeté dans un cachot souterrain sans un seul soin pour soulager sa conscience et son corps détruit. La respiration faible et sifflante de l'enfant alarma son compagnon de cellule. Un homme gigantesque et bourru qui le redressa contre l'unique lit avec une délicatesse insoupçonnée. Et ses mots furent ceux-là :

« Économise ton souffle. Tu vas t'en sortir. »

Quand un gardien passa devant la porte, il lui cracha à la figure sans ménagement et donna un coup de poing dans le lit, au niveau de son flanc. Le coup porté au matelas fit cependant tressauter Salem et le gardien, satisfait de voir que son compagnon de cellule le malmenait, referma la petite fente qui lui permettait de tout voir à travers la porte. Quand ce fut fait, le grand bourru retira prestement le crachat de la joue de l'enfant :

« C'est la loi du plus fort, ici. Personne ne doit soupçonner qu'on soit des gens biens. Nous ne le sommes plus vraiment, mais je te promets d'essayer, gamin. En souvenir de ce que j'étais et de ce que j'essaye de me rappeler. »

Salem ne le voyait pas, ne l'entendait presque pas et se mit à pleurer sans ménagement. Ses joues lui étaient douloureuses et même ses sanglots semblaient secs au coin de ses yeux. Seul un son guttural sortait de sa bouche, mais son voisin ne tarda pas à lui prendre le visage en coupe :

« Si tu chiales, fais-le en silence. S'ils t'entendent, ils viendront te récupérer pour mieux te faire subir ! Calme-toi. »

Qui étaient-ils ? Que voulaient-ils ? Pourquoi subir tant de douleur ?

[...]

Les jours passèrent dans cette moiteur, cette noirceur et l'envie de survivre s'amenuisait doucement. À force de souffrir, c'était comme ne plus rien ressentir. Son corps s'adaptait à cette douleur discontinue et sa colère ne faisait qu'enfler. Mais frêle et si peu habile dans ce monde de monstres vaniteux, le garçon n'était rien d'autre qu'un peu de chair fraîche à attendrir avant de la faire cuire. Il le comprit bien vite quand chaque jour devenait une routine morbide ; on venait le chercher pour le sangler à la chaise et les coups se succédaient avec pression tant qu'il ne disait pas ce qu'on voulait entendre de lui. On le rabaissait sans ménagement, on lui refusait l'eau et la nourriture et on l'humiliait sans précédent. Il lui arrivait de finir nu comme un ver dans cette pièce froide et intemporelle avec pour seuls habits, les hématomes violets et noirs qui ornaient son corps.

« Quel est ton nom ? »

La question tournait sans cesse dans sa tête, bien après que plus personne ne soit présent pour la lui poser. Raspoutine semblait être le seul rempart entre les alchimistes impatients de le tuer, car ils n'en tiraient rien et les gardiens avides de défouler leurs poings. Non, l'homme préférait s'en charger lui-même car l'histoire était arrivée à un point où c'était devenu bien plus qu'une expérience. Pour Raspoutine, c'était un jeu de pouvoir. Il voulait être en mesure de le convertir à sa vision.

Salem ne se demandait même plus pourquoi au bout du compte. Il n'avait qu'une envie, celle de disparaître. Seul Georges, le rouquin bourru qui lui servait de compagnon de cellule apportait de l'espoir à sa condition. Chaque gardien était persuadé que le grand homme le malmenait et le méprisait violemment. Mais il n'en était rien. Le rouquin prenait à cœur de lui fournir l’eau et la nourriture dont il disposait et ses mots faisaient concurrence à ceux prononcer par Raspoutine :

« Ils nous ont volés nos vies car techniquement nous n'avons rien qui puisse prouver notre existence. Ils nous bourrent le crâne avec des idées qui ne sont pas les nôtres et expérimentent leur alchimie sur nos corps endoloris. Ils nous cachent aux yeux du monde et nous font oublier jusqu’à notre propre nom... Qui sommes-nous pour pouvoir prétendre se battre contre ça quand on commence à penser que c'est à raison ? Mon esprit est vif et je me suis battu durant des années pour pouvoir parler ainsi... Car même parler devient un luxe quand de l'intérieur, on ne ressent plus qu'un vide. Cette femme, la rouquine, j'ignore son nom mais chaque jour je vois son visage en priant presque pour que ce soit le dernier. J'ai supplié mainte fois la mort de me sortir d'ici, mais mon corps est bien plus résistant aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été. Salem. Ecoute-moi, Salem. C'est ton nom. Ne leur laisse pas te faire croire que ce n'est pas vrai. Je vais te sortir de là, gamin. Je le promets. ».

Malgré la fugacité de ses songes, Salem l'entendait au plus profond de lui. Cette voix grave, familière, le berçait dans les moments les plus douloureux. Comme un frère, cet individu le couvait tout autant qu'il le piquait en présence des gardiens. Il ne s'excusait jamais de la manière qu'il avait d'agir mais argumentait toujours ses choix comme un maître d'armes.

Mais tout ce temps, même s'il était incapable de déterminer si ce n'étaient que des jours ou des mois qui avaient défilés, il ne pensait qu'à une personne. La vision de la maison de campagne qui s'éloigne à mesure que la voiture dérape sur le chemin de terre lui était horriblement douloureuse. Elle lui serrait la gorge et comprimait sa poitrine comme bien des coups reçus. Les joues tout aussi douloureuses, il résistait à l'envi de ne pas pleurer. Les années qu'il avait passés auprès du médecin et de sa fille l'avaient rendu moins apprêté à ce genre de situation...

Mais plus jamais. Jamais.

Les mois se succédèrent mais le garçon ne prononçait toujours aucun mot. Il ne cédait pas, comme revenu au point de départ. Bien avant de rencontrer Cassydia, Arthur, Félicité, Dorcas et Fiona. Lorsqu'il était capable de se refermer comme une coquille pour oublier tout le reste. La patience de Raspoutine mise à rude épreuve, il y eut une corde de rupture. Un beau soir, il alla déchirer le garçon de sa cellule sous l’œil inquiet et forcé de son compagnon pour la deuxième fois de la journée. Inattendu.

Propulsé dans une pièce, l'eau froide qu'il reçu par jets puissants sur le corps le réveilla d'une longue léthargie. Il lui sembla avoir passé des mois à subir les coups sans plus reconnaître le goût de la douleur telle qu'elle fut à ce moment. Pour lui aussi, le fil avait cassé. En colère et indigné, il grogna sa rage. Il ouvrit les bras à l'eau glacée pour mieux subir et accepter cette souffrance si elle lui permettait d'avancer vers son agresseur. Raspoutine relâcha le tuyau qu'il tenait et lui asséna un méchant revers de la main. Salem ne tenait même plus debout, trop affaibli et tomba comme une serpillière. Son bourreau le surplomba :

« Ton nom. Donne-le-moi. »

Il sortit un couteau de sa manche et lui asséna la lame dans le flanc. La morsure de l'arme le piqua au vif. Salem cria. Il ne s'était pas attendu à une attaque mortelle et se releva comme un animal blessé pour mieux se recroqueviller contre un mur de la pièce. Si son attitude laissait penser qu'il se soumettait, son regard sauvage n'avait d'égal un serpent apeuré, prêt à attaquer. Ça lui ira comme un gant, pensa Raspoutine en le toisant.

Pour Salem, il ne faisait aucun doute qu'on lui avait tout prit. Il n'avait plus rien à perdre, mis à part la vie. Ça avait l'air d'être un choix égoïste, mais il voulait vivre. Il ignorait ce que cette bouffée de survie apporterait avec elle mais il la désirait plus que tout au monde. Quelle fut son erreur. Il répondit d'une voix blanche :

« Rien. »

Sa voix craqua dans sa bouche comme un orage qu'il n'avait pas entendu depuis des mois. Il se haïssait à un point où il en était arrivé à ne plus savoir quel choix était le bon. Il renifla et grimaça, honteux. La vie lui importait mais quel prix payait-il ? Celui de l'abaissement. Il perdait sa fierté, sa sauvagerie et vendait son âme au plus offrant. Il devenait...

Il était...

Il n'était plus rien.

Même si ça incluait de ne plus jamais la revoir ?

« Rien... murmura-t-il, l'angoisse prenant forme sur les traits de son visage. »

Cette pensée lui cloua un nœud dans l'estomac. Pour peu, son sang se coincerait de lui-même dans les cordes qui lui nouait les muscles. Mais le mal était déjà fait. Il avait dit ce que Raspoutine voulait entendre et son état ne pouvait plus attendre. L'homme se redressa contre la porte et tapa du poing contre cette dernière :

« Emmenez-le. »

On le poussa dans les couloirs sans s'attarder sur son teint livide. Il se demanda un long moment s'il ne venait pas de se faire avoir. Où pouvait-on l'emmener autre part que dans sa cellule ? Qu'avait dit son compagnon à ce sujet ?

« Qui sommes-nous pour pouvoir prétendre se battre contre ça quand on commence à penser que c'est à raison ? »

Salem écarquilla les yeux. Venait-il de se faire retourner la tête ?!

«  Mon esprit est vif et je me suis battu durant des années pour pouvoir parler ainsi... »

On le traîna dans une salle vide à l’exception du sang qui maculait encore le sol cimenté et le cercle de transmutation bien visible dont il ne comprenait rien. Plusieurs alchimistes en faisaient le tour et chaque fois que le malheureux tenta de s'échapper du cercle, on le poussa vivement à l'intérieur.

« Car même parler devient un luxe quand de l'intérieur, on ne ressent plus qu'un vide. »

Il hurla pour le peu qui lui restait dans la gorge, la main contre sa plaie poisseuse et vit apparaître Raspoutine avec une cage entre les mains. Le serpent qui gigotait à l'intérieur tentait vainement d'enfoncer ses crocs venimeux dans les bras de son porteur. À côté de lui, une femme. Une rouquine. Fière et haute malgré son apparence dantesque, elle lui apparaissait comme le plus vil monstre ici même. Car il commençait à comprendre que rien n'était fini.

« Cette femme, la rouquine, j'ignore son nom mais chaque jour je vois son visage en priant presque pour que ce soit le dernier. »

Elle semblait dialoguer sur l'éventualité d'un échec et annotait un tas de choses sur son petit carnet. Elle ne resta pas plus d'une minute. Une lourde minute durant laquelle Salem fixait la bête en cage. A son image, elle lançait de vifs éclairs du regard mais se recroquevillait dans l'attente d'une ouverture. Ni l'un ni l'autre ne l'eurent.

[...]

Il ouvrit les yeux et ceux-ci roulèrent aussitôt dans leurs orbites, incapables de se stabiliser. Le visage flou de Georges apparut au-dessus du sien et il sentit qu'on le tenait fermement par les bras :

« Ça va aller. »

Le tressautement dans la voix de son ami lui apparut à peine alors qu'il retombait dans les bras de Morphée.

Partout... Partout... Mais pas là.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il lui sembla avoir dormit à peine une nuit. Le rouquin lui indiqua les trois journées qu'il avait manqué en lui conseillant de ne pas se lever trop vite pour que le gardien ne le repère pas.

« Fais semblant que tu dors et il te laissera encore un peu tranquille. Tu vas en avoir besoin pour... Digérer. »

Digérer ? Il n'avait pas même pas manger, songea-t-il. Il se passa une main las et lourde comme une tombe sur le visage. Sa tête lui tournait vivement et son corps semblait être un ramassis de chair et de nerfs à vifs. Mais ses doigts effleurèrent ses lèvres et alors il ne pensa plus du tout à la souffrance. Ses prunelles restèrent fixes sur le plafond alors qu'il tâtonnait contre sa bouche pour découvrir qu'elle avait changée. Elle paraissait immense sous la pulpe de ses doigts. Ils glissèrent si loin contre ses joues alors que l'ouverture de ne refermait pas. Il devait être en train d'halluciner !
Salem chercha Georges du regard et le trouva en train de le dévisager avec fermeté, un poing contre le genou.

« Moi, j'suis un ours, avoua-t-il de but en blanc. »

Il déglutit devant la peur et l'incompréhension mélangée dans le regard de l'adolescent.

« Ça fait très longtemps que je le suis mais j'ignorais bien comment te le montrer sans te faire faire une syncope pendant ces derniers mois. Comment on avoue ça ? Comment on l'explique sans devenir un timbré aux yeux des autres ? Un timbré tout court... »

Ses phalanges blanchissaient de secondes en secondes et Salem s'assit au bord du lit. Il fixait Georges avec ses grands yeux fendus. Il s'avança prudemment sur ses jambes flageolantes. Quand Georges tendit la main pour l'aider, le garçon grimaça de fureur, la sienne toujours agrippée à sa bouche. Le rouquin n'insista pas et le laissa s'approcher. Salem se mit très, très près de lui et contempla son reflet dans le miroir des yeux de son ami. La voix du rouquin retentit comme une cloche :

« Nous ne sommes pas fous, Salem. »

Le regard écarquillé dans le sien, il retira ses doigts de la fente qui barrait à présent ses joues. Ce n'était pas la bouche d'un humain mais celle d'un serpent, d'où une langue bifide ressortit quelques secondes. Salem faillit s'étouffer avec sa salive en remettant ses mains en croix devant sa bouche. Il secoua la tête, plus furieux que chagriné sans savoir s'il voulait s’évanouir ou se fracasser le crâne contre le mur. Pendant qu'il songeait sérieusement à sprinter contre la porte pour s'exploser la tempe, Georges lui maintint fermement le bras :

« J'ai essayé. Ça a rien changé. Nous sommes des chimères. Des mi-hommes, mi-bêtes. Et toi, mon ami, tu es un serpent. »

« Pourquoi ? formula muettement Salem. »

« Pour obéir. Et tuer. »

Salem regarda la porte un long moment et retira doucement ses mains de sa bouche.

« Obéir... Je ne sais pas. »

Le « sais » glissa dans sa bouche avec longueur et siffla aussi bien que lorsque il reprit la parole, sa voix semblait bien trop perfide pour être celle d'un enfant :

« Mais tuer, c'est une cert... »

Sa punchline resta en suspens car sa langue refusait expressément de formuler les « t ».

« Cer... »

Il souffla, les mains moites.

« Cerftiftude !! »

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Salem Dorcas Good. [Pas fini]

MessageSujet: Re: Salem Dorcas Good. [Pas fini] Mar 12 Déc - 14:18
*~*~*

Neuvième chapitre - Septième étage.

Georges lui expliqua tout ce qu'il savait d'une voix discrète, pendant que Salem faisait semblant de dormir sur le lit chaque fois que le gardien ouvrait la petite trappe de leur porte. Ça devint rapidement cocasse puisqu’il devait se rallonger toutes les quinze minutes, hésitant quant à se prostrer derrière la cloison dans l'attente d'enfoncer ses doigts dans les yeux inspecteurs de leur gardien.

Ils étaient enfermés ici car ils n'avaient aucune identité, ou bien parce qu'ils étaient déclarés officiellement morts. Ils servaient notoirement de cobayes à des expériences alchimiques mais leur rôle principal était celui de survivre, se taire et subir. Georges lui expliqua que des séances d'hypnoses étaient régulières et que malgré le terme stupide de la démarche, il fallait rester prudent. Elles fonctionnaient vraiment. Salem renifla, dédaigneux.

« … Ils travaillent pour l'Armée. Nous sommes de parfaits soldats, sous leur contrôle et très forts, conclu Georges, la mâchoire crispée. »

« Comment nous tiennent-ils si nous sommes si forts ? insista Salem. »

Le rouquin le fusilla d'un regard qui signifiait clairement « tu n'écoutes rien de ce que je te dis ?! »

« Ils nous hypnotisent. Oh, ne fais pas l'erreur de croire qu'ils vont nous tuer. Nous sommes précieux maintenant. Ils préféreront nous briser un peu plus. Te montrer combien tu es misérable, insignifiant et incapable de gérer ta propre vie tout seul... »

Il baissa la tête et cogna contre son genou avec brutalité. Salem se dit alors qu'il n'y avait aucun doute sur le fait que Georges avait déjà essayé. Ils n'avaient donc aucun espoir ?
Georges grogna :

« Mais maintenant je ne suis plus tout seul. On va le faire. Je vais t'apprendre ce que j'ai découvert tout le long de mon exil et on va leur faire mordre la poussière. On peut peut-être mourir. Ou subir. Alors je vais te laisser réfléchir. »

Il lui lança un regard déterminé et farouche malgré tout. Salem se redressa dans le lit et passa sa main sur sa mâchoire, effleurant ses lèvres gigantesques. Apprendre ? Il ne voulait pas de cette chose. Mais... Un visage dansait devant ses yeux. Des cheveux roux et long. Un regard aussi vert qu'une feuille au printemps. Une beauté candide et enfantine. Il avait l'impression d'avoir veillit en moins de quelques mois et que tout ceci s'était passé il y a des siècles. Mais une chose était sûre.

Il l'aimait encore.

Il l'aimait.

« Aussi unis qu'une fille et un serpent ? »

Il voulut sourire mais n'y parvint pas. Il releva les yeux dans ceux de son compagnon et pencha la tête sur le côté :

« Je te reconnais. Nous nous sommes vus, avant. »

« Je sais, sourit Georges. Ravi de constater que tu as enfin une langue pour parler cette fois. »

« Comment ne pas la voir ? »

Ils sourirent, maussades malgré tout.

« La conversation, mon ami, est un luxe. Ne t'en prive pas en ma présence, ou nous mourront tous deux. Nous devons nous soutenir. Nous unir. Sinon nous sommes perdus. »

Salem hocha la tête. Puis il haussa les épaules, incrédule :

« Je n'ai rien à te dire. »

« Essaie. »

Il haussa de nouveau les épaules, bien incapable de penser à autre chose que la moiteur de la pièce, la douleur qui englobait ses muscles, le serpent qui murmurait sous sa peau pour lui rappeler sa présence. Ce n'était pas une voix. Une présence. Une alerte discontinue qui signifiait qu'il était là. Qu'il pouvait l'utiliser. Qu'il était lui. Salem secoua nerveusement la tête pour dissiper ça. Il ne voulait pas y penser. Pas encore. C'était trop douloureux. L'angoisse planait au dessus de lui dès qu'il y songeait. Il souffla, nauséeux et préfera demander :

« Stéphane. »

Mémoire d'éléphant. Salem releva les yeux sur le rouquin :

« Le petit brun. »

Goerges se rembrunit et se leva pour lui tourner le dos :

« Mort ? Je l'ignore. Nous avons tous les deux atterrit ici... Après un accident. Stéphane Wolfgang est un mystère pour quiconque en parlera. La dernière fois que je l'ai vu, ils l’entraînaient dans une autre cellule après lui avoir fait ravalé son foie. »

Wolfgang... Salem ferma les yeux si fort que des étoiles vinrent planer devant le nuage sombre de ses paupières. Avait-il eu affaire à un familier de Stéphane quand Félicité est morte ? Tant de rappels et de douleurs... Ça ne changeait rien de vouloir parler d'autre chose, ils en revenaient irrémédiablement à la tristesse de leur sort. Autant en finir avec la lacheté.

Salem mit un long moment à se lever pour se planter dans le dos de Goerges. Il mit plus longtemps encore pour parler :

« Apprends-moi. »

Georges se retourna pour scruter la nouvelle et faible lueur de détermination dans son regard sauvage. Avec la bête tapie sous ses yeux, c'était d'autant plus flagrant. L'ours mit ses mains dans son dos, bombant le torse :

« Tu es sûr ? Je ne le demanderais qu'une cette fois. Tu vas en baver et il est possible que l'on échoue. Si c'est le cas, la chute sera d'autant plus douloureuse. »

A quoi bon faire semblant qu'il avait le choix ? Il ne voulait pas passer sa vie ici à ressasser le passé, les morts et les vivants de l'autre côté de la barrière. La colère et l'indignation n'avaient pas suffit. Pire encore, aimer n'avait pas suffit. Espérer. Changer.

Alors, il lui fallait retrouver celui qu'il avait été avant tout ça. Intouchable. De quelque manière que ce soit. Et peut-être qu'un jour, il pourra de nouveau la revoir.

« Je suis sûr, siffla-t-il. »

Qu'importe qu'il soit le produit d'une conspiration. Il savait une chose en cette fin de journée. Il allait tuer Raspoutine. Par vengeance ? C'était même un peu plus complexe que ça. Raspoutine avait perdue toute valeur à ses yeux au moment où il l'avait entraîné sur le cercle de transmutation. A sa grande honte, Salem se rendait compte qu'avant ça, il lui était resté encore quelques bribes d'affection pour lui. Celle qu'il avait mit deux longues années à construire pour lui. Malgré les coups et les hurlements. C'était flippant combien il avait appris à l'aimer et lui inventer des excuses pour ça. Jusqu'à maintenant. Le tuer serait sa croix. Son chemin, son but pour ne pas devenir fou en errant sans véritable surface à laquelle s'accrocher. Mais celle de la vengeance, aussi régulière soit-elle, était très efficace.

***

4 ans plus tard ~ Fin 1906 ~ Zoo de Valora

Salem souffla contre le mur. La poussière incrustée dans une cicatrice de béton s’envola. Il avait seize ans, aujourd’hui même. Et cette trace au mur résumait assez bien sa vie actuelle. Creuse et incrustée de saleté. Malgré tout, l'apprentissage de Georges n'avait pas été vain. Depuis ses douze ans, le grand rouquin lui apprenait à se battre. Il saisissait chaque opportunité pour le faire ; une interaction fortuite avant que le gardien ne les sépare en pensant à une querelle, un moment opportun pendant qu'il dormait pour le forcer à obtenir des réflexes... Georges le surprenait et le battait chaque fois qu'il le pouvait jusqu'à ce que Salem acquéresse naturellement les gestes pour se défendre. Quand le serpent avait suggéré qu'il lui apprenne à frapper, le rouquin lui avait rit au nez :

« Parce que tu penses qu'avec tes soixante kilos tous mouillés, tu vas me mettre au tapis ? Je veux que t'apprennes à sortir d'ici, pas à te ralentir chaque fois que tu verras une tête pour la battre. Taper, c'est facile, mon gars. S'enfuir, contrairement à ce qu'on croit, est bien plus compliqué. Tu dois apprendre à esquiver, à grimper et surtout à te fondre discrètement… »

Que de choses que le gros bourrin ne savait guère faire, mais il lui montra l'essentiel, passant par la suite à l'apprentissage néanmoins plus fastidieux de celui de l'acceptation de soi. Au début, Salem ne comprenait pas pourquoi Georges insistait tant sur des phrases telles que « fait confiance à ton instinct, à la bête, à tes réflexes. Tu dois le sentir venir. Tu dois l'accepter, etc... » Mais il avait fini par admettre qu'il avait besoin du serpent s'il voulait sortir.

« Tu n'as pas besoin du serpent, avait rétorqué sévèrement Georges. Tu as besoin de ta confiance en toi. Le serpent, c'est toi. »

Salem mit très longtemps à l'admettre, car son aspect, une fois transformé, n'avait plus rien à voir avec lui. Ou ce qu'il croyait être lui.
Les phrases rassurantes et pédagogiques du rouquin prenaient bien plus de sens quand Salem était escorté tous les jours pour se faire lessivé comme il faut. Malgré ce qu'il avait pensé au tout début et bien qu'il avait passé l'étape de la transmutation, les passages à tabac ne s’arrêtèrent jamais. Ils étaient devenus une ancre dans la routine à tel point que Salem savait avec une effrayante précision quand allait arriver le gardien pour l'emmener se faire voler dans les écailles. Il connaissait chaque coup avec minutie, chaque douleur, chaque fil qu'on tentait de lui briser. Et il devait avouer que cela fonctionnait très souvent. Georges le ramassait à la petite cuillère après chaque session d'hypnose en se battant, cette-fois-ci, pour de vrai avec lui afin de lui faire reprendre ses esprits. Salem se rendit compte combien garder un ami dans cet endroit relevait du miracle.
Au début, Salem n'avait pas cru à cette histoire d'hypnose. Il ne savait pas spécifiquement ce que c'était mis à part que cela avait toute la définition d'un art mystique et magique. Et la magie n'existait définitivement pas. Mais un jour, il se retrouva en face de la rouquine et d'un homme au regard cerné et rouge, le visage agrémenté d'une chevelure argentée. Il ne retint qu'une chose de ce moment. Son nom de famille. Von Balsar. Et puis ce fut...

...

Le noir. Total. Un vide immense. Un trou dans sa mémoire et son cœur. Il reprit ses esprits après avoir sentit le coup de poing de Georges bien plus tard et avait passé le reste de la soirée à lui demander comment il avait atterrit là.

« Ça fait une semaine que t'es comme ça ! J'en pouvais plus, putain !! Avait grogné l'ours. »

Une semaine ? Une semaine rien qu'en regardant une femme ? Salem peina à le croire. Mais Georges l'avait secoué par les épaules, le regard presque implorant :

« La laisse pas t'avoir. Tu es bien trop réceptif !! Bats-toi, d'accord ?! Tu n'as pas le droit de la laisser faire si facilement ! Bas-toi ! »


L'angoisse tirait ses traits. Salem avait aussi peur que lui. Était-ce réel ? Alors, lorsqu'il se retrouvait de nouveau devant elle ou ses sbires pour faire front de l’hypnose, il se persuadait que cette fois-ci ça ne marcherait pas. Et chaque fois, il finissait debout contre le mur de la cellule, les bras le long du corps et les yeux écarquillés sur cette foutue griffure au mur, incapable de gestes, de pensée, ou d'émotions. Rien. Nada. Pas un minuscule sentiment en vue. Comment faisait-elle cela ?!
Georges le fixait, en retrait dans son coin jusqu'à ce qu'il ne puisse plus supporter le zombie qui lui servait d'ami.

Chaque. Putain. De. Fois.

« S’énerver ne sert à rien, énonça calmement Salem, assis en tailleur sur le lit, les coudes sur les genoux et les pouces contre les index. »

Il inspira posément et expira.

« Patience. »

Patience. Patience quand bien même ils passaient des années à lui soutirer chaque parcelle d'émotion une à une. Salem n'en était pas certain mais plus il continuait à subir cette vie de cobaye, plus il devenait insensible à la moindre colère. Une seule chose semblait l'animer.

Elle.

Elle apparaissait sous ses yeux clos, telle qu'elle pourrait être à présent. Quel âge aurait-elle ? Dix-huit ans ? Sans doute avait-elle les cheveux d'autant plus long, moins de rousseur sur ses joues et les yeux aussi étincelants. Et son sourire...

Un désir opportun pointa le bout de son nez, non pas sur son visage mais bel et bien ailleurs. Il fronça un sourcil, les yeux toujours aussi clos.

« Range ça et concentre-toi sur le contrôle pendant l'hypnose, gronda George dans un coin de la pièce. »

Salem esquissa un demi-sourire, toujours détendu :

« Je n'ai pourtant pas chanté de la flûte. »

Le rouquin ne mit pas longtemps à comprendre la blague et la grossièreté et la stupidité de celle-ci eut raison de leurs esprits embrumés. Ils rirent. Ce fut un son si nouveau et particulier qu'ils eurent aussitôt honte de le ressentir. Salem ne tarda pas à avoir la même aversion pour le désir qu'il avait sentit en songeant à elle. Comment pouvaient-ils prétendre être heureux et se poser des questions telles que « bander, c'est mal ? », « les filles, ça fait vraiment pipi accroupi ? », « Cette jupe est-elle trop courte pour une dame ? », « cravate ou nœud papillon ? ».

« Comment elle s'appelle ta rouquine ? »

La voix de Georges lui fit rouvrir les yeux. Il se tendit aussitôt et le fusilla du regard. Depuis peu, l'adolescent avait obtenu un contrôle de lui-même plutôt surprenant. Sa colère était inexistante et il paraissait sans arrêt « penaud » à tel point que c'était irritant. Mais dès qu'il s'agissait d'évoquer le sujet de cette fille... Il sentait sa poitrine se compresser, l'air lui manquer, un goût amer envahir sa bouche et son cerveau se vider d'oxygène. Il voyait rouge. Il ne supportait pas qu'on puisse penser à elle si l'on n'avait pas son visage, son corps et sa voix. En somme, il était envahit d'une jalousie maladive et protégeait son souvenir avec férocité. C'était la seule qu'il avait. La seule qu'on ne pourrait jamais lui enlever. Le rouquin haussa les épaules en souriant :

« Tu parles dans ton sommeil. Ça fais des années mais j'osais pas te le dire... »

« Tu aurais dû, répondit Salem en se raclant la gorge, la voix cassante. »

« Ça va, ça va... Pas besoin de faire tournicoter un pendule devant tes yeux pour se rendre compte que tu en es raide dingue. Même ton serpent danse encore. »

Ceci ne fit pas plus rire Salem qui gardait sa position de moine bouddhiste en priant presque cette fois pour que Georges cesse de parler.

« Ça ne te concerne pas. »

« La conversation est un besoin, n’oublie pas. »

« Pas celle-là. »

« Ok. Pas de nom. Mis à part sa couleur de cheveux, elle ressemble à quoi ? »

Salem inspira fortement et s'étrangla en expirant, car il se releva et attrapa le col de Georges :

« On n'en parle pas. Tu ne le sauras pas ! »

Un long moment, ils restèrent immobiles avant que Salem ne relâche son vêtement et n'enfonce sa main dans sa poche :

« Désolé. »

Il papillonna des paupières, visiblement intrigué par sa propre et soudaine adrénaline. Le rouquin haussa un sourcil :

« Tu sais que t'aurais fini assommé de toute façon ? »

Salem sourit :

« Si tu le dis. »

Son assurance avait prit du galon. Ça faisait plaisir à voir, selon Georges. Néanmoins, il laissa tomber le sujet de la mystérieuse rouquine... quand Salem était vraiment trop indisposé à l'entendre. Sinon, il cherchait toujours un moyen d'y faire référence. Plaisanter sur des choses aussi lointaines des barreaux avait un attrait inégalable.

« Cravate ou nœud papillon ? »

[…]

Les séances d'hypnose le laissaient toujours aussi béat devant le mur. Mais le temps de réaction lui revenait de plus en plus vite. La semaine s'était transformé en trois petits jours et puis quelques heures. Puis un beau jour, ce fut alors uniquement quelques minutes.
Lorsqu'il reprit connaissance, Salem se trouvait encore sur la chaise, attaché à cette dernière. L'alchimiste annotait son manque de réaction dans son carnet en soupirant. Salem feignit d'être encore catatonique et ne releva pas la tête tout en écoutant ce qu'il disait à son assistant :

« Ça ne vas pas. Les résultats sont les mêmes. On arrive à les faire rentrer en transe, mais on ne parvient pas à obtenir de réponses. Aucun des cobayes ne bouge. »

« Si, monsieur. La dernière fois, une chimère à clairement exécuté l'ordre de tourner en rond dans la pièce. »

« Certes mais nous avons besoin qu'ils se battent, pas qu'ils organisent des marathons citadins. »

L'assistant ferma son caquet en trépignant d'un pied à l'autre. L'alchimiste grogna ;

« Si on obtient aucun résultat d'ici le début de l'année, Loford va nous passer dessus. »

Loford... Loford... Salem ouvrit les yeux, frappé par le visage de la femme aux cheveux roux qui semblait être leur chef dans cette entreprise d'hypnose. L'alchimiste hoqueta en le voyant faire.

« Une réaction ! Vite, la lampe. »

On lui releva le menton de force et lui incrusta une vive lumière dans la rétine. Salem ne chercha pas à protester, car il savait que cela signerait simplement un accord tacite pour le faire tabasser. Il grimaça néanmoins devant la lumière et l'alchimiste se désintéressa de son cas comme s'il ne fut qu'un mouchoir déjà bien torché :

« Bordel, il s'est réveillé. Amenez ça à la laverie et mettez-lui le masque. »

Salem haussa les sourcils. La laverie était l'endroit communément nommé ainsi car on les passait à tabac là-bas. Mais qu'était le masque ? Il se laissa emmener alors que l'alchimiste secouait la tête d'un air frustré en le regardant. Il lui adressa la parole pour la toute première fois en quatre ans :

« Plus tu te battras, plus tu subiras. C'est la règle ici. Tu n'es rien, n’oublie pas ça ! Et une chose insignifiante n'a pas besoin de ses yeux pour voir. »

[...]

« Comment c'est ? »

Salem esquissa maladroitement un sourire, tentant de se persuader que tout ça était un horrible cauchemar. Il ignorait le regard triste de Georges face à lui, la vue obstruée par un masque de fer, doublé d'un cuir persistant qui entamait la peau autour de ses yeux.

« Ça te va bien, blagua faiblement le rouquin. »

Ils rirent en crescendo, mais le souffle chaotique du serpent devint bientôt le seul bruit alentour.

« Je peux l’enlever ! Je dois l’enlever ! Craqua Georges en tendant les mains. »

Salem battit des bras devant lui pour le stopper. Malgré son angoisse, sa voix était calme, résignée :

« Non. Le cuir est enfoncé dans ma peau. Si tu l'enlèves, ça me soulagera mais... au moment de le remettre... »

Ce serait bien pire. Un sillon s'était déjà formé autour de ses yeux et le jeune homme en venait à se demander s'il subissait réellement tout ça pour avoir seulement ouvert les paupières. Quand est-ce que les alchimistes allaient se lasser de leur faire subir autant de douleurs ?

Les premiers jours furent accentués de peur croissante et de panique. Il y eu une semaine où Salem s'adapta parfaitement à sa prison de métal mais le mois passant, il se sentait devenir fou. C'était sans doute vrai. Il ne voyait plus d'où venait les coups, chaque fois qu'il passait son « sale quart d'heure » routinier à la laverie et ceci rendait le moment d'autant plus déplaisant et douloureux. Il commençait à comprendre le sens même de n'être « rien ». Incapable de se défendre, de voir et il parlait si peu que seul l'ouïe ne lui faisait pas défaut. Malheureusement, à elle toute seule, elle ne suffisait pas pour tenter d'esquiver le moindre coup. Elle ne lui servait qu'à entendre ses bourreaux lui répéter combien il était insignifiant. Il faillit bien les croire. Jusqu'à ce qu'un poing l'atteigne à hauteur du masque et qu'il siffla de douleur, la langue bifide jouant autour de sa bouche, le crochet à venin en évidence. S'il ne vit pas la peur infusée des pores de son bourreau, il la sentit. Il pouvait la reconnaître aveuglément et son odeur titilla son cerveau. Il n'était pas insignifiant.

De retour à la cellule, ce soir-là, Georges ne fit aucun commentaire sur les hématomes qui le parsemaient, comme d'habitude. Il se contenta de lui tendre discrètement un gant humide. Salem pinailla pour l'attraper, essoufflé avant de révéler à demi-voix :

« Ils ont peur de nous. »

« Enfin tu t'en rends compte. »

« Ça ne te surprend pas ? »

« Tu penses qu'ils nous frappent pourquoi ? Ils veulent s'assurer qu'on reste sagement à notre place mais ça ne fait que confirmer une chose. On a une chance de s'en sortir. »

Une chance. Infime. Et plus les jours passaient, aveugle et impuissant, Salem sentait cette chance s'amenuiser. Il ne sentait plus ses yeux, se demandant s'il pouvait encore voir sans le masque qui recouvrait son visage. Les séances d'hypnose retrouvaient leur routine monstrueuse, le rendant aussi aimable qu'un légume chaque fois qu'il en revenait. Qu'importe ce que l'alchimiste avait voulu faire, cela fonctionnait à merveille. Il ne se sentait ni humain, ni monstrueux, ni même impacté par le chagrin qui enveloppait son cœur. Un soir, après la séance et après être redevenu « lui-même », Salem s'installa comme d'habitude contre un coin de la pièce, entre le lit et la cuvette des toilettes. Il commença à jouer maladroitement avec ses doigts, silencieux et posa son crâne contre le ciment. Il en venait à regretter amèrement l'orphelinat à Donbachi et la vieille mégère qui les faisaient travailler. Maintenant qu'il avait grandit, il pouvait presque apercevoir la lueur dans le regard de cette vieille dame. Dure, sévère, mais indéniablement pleine de sentiments puisque comme elle le disait elle-même « Si vous ne travaillez pas, vous ne servez à rien et cet endroit partira en poussière. Ni vous, ni nous n'y survivrons. » Oui, contrairement aux apparences, la vieille pie leur apprenait à ne pas devenir quelconque. A ne pas devenir « rien ».
Mais l'époque qu'il regrettait le plus était les quelques années qu'il avait passé en compagnie de Cassidya et Arthur. Il ne cherchait même pas à penser à Fiona et Dorcas qui avaient fait un saut éclair dans sa vie mais qui, étrangement, l'avaient marqué comme aucun autre parent jusqu'à ce jour. Sans doute parce qu’ils respiraient l'espoir et l'envie véritable d'aimer, autrefois. Toutes ces choses qu'un enfant était capable de ressentir sans jamais qu'on le lui dise…  Mais il ne voulait plus penser à eux, ni à Félicité et Hook. Toutes ces personnes mortes et enterrées. Mais Cassidya...

« Elle est vivante. Quelque part. »

La voix de Salem réveilla Georges de sa méditation. L'ours le contempla longuement, n'osant l'interrompre car c'était assez rare qu'il daigne vouloir en dire de lui-même. L'adolescent joua un petit moment avec un caillou avant de rajouter :

« Elle me manque. »

Georges haussa les épaules et tenta :

« Comment elle était ? »

Joyeuse. Téméraire. Un rayon de soleil. Grande..., songea-t-il avec ses yeux d'enfant avant de se dire qu'il devait sans aucun doute avoir beaucoup grandit depuis. Elle était studieuse et dévouée à son père. Salem ne s'était pas attardé sur cette relation fille-père qu'il n'avait vu que là-bas. L'amour d'Arthur pour sa fille le persuadait qu'elle allait bien, où qu'elle soit. C'était étrange maintenant qu'il n'avait plus ses yeux pour voir, il lui semblait la découvrir avec plus de profondeur. Mais malheureusement, il commençait à ne plus se souvenir des traits précis de son visage, ni même de sa voix. Il se souvenait qu'elle était fluette, féminine mais il ne parvint pas à faire d'avantage. Cependant, il était sûr de pouvoir dire une chose :

« Unique. »

Si son visage s'estompait dans le brouillard de ses souvenirs, il pouvait aisément se rappeler de l'odeur dans ses vêtements, du savon qu'elle utilisait, de ses mains contre les siennes. De sa politesse, sa gentillesse, son rire... Un son plus qu'une image mais qu'il ne voulait pas oublier.

« Tu es amoureux, clama Georges avec un petit sourire. »

« Mais ça ne sert à rien. »

Le rouquin arqua un sourcil avant de ricaner tristement, se passant une main sur le visage :

« On s'en fiche de ça. Ce n'est pas agréable ? Un peu d'espoir dans cette tambouille de misère ? Je t'envie. J'aimerais pouvoir me dire qu'une belle femme m'attend dehors. Ce serait une sacrée motivation, crois-moi. »

« Elle ne... Elle ne m'attend peut-être pas. »

Salem reçut un coup derrière la tête qui venait de nulle-part avant que la voix de l'ours ne rugit :

« Le mélodrame, ça va bien deux secondes ! Tu penses pas qu'on en a assez ici pour s'inventer des malheurs ? Pense à ta rouquine, gamin. Et dis-toi que tu vas la revoir en sortant d'ici. C'est tout ce que je te souhaite. »

« On ne sortira pas, Georges. »

Ça y est. Il l'avait dit. Même si ça faisait des mois qu'il le pensait, sa voix lui sembla bien plus réelle. C'était la vérité et ça faisait mal.
Il n'y eut aucune réponse. Pas un bruit. Puis soudain, il sentit un bras autour de ses épaules. Son instinct le prévint que les coups allaient pleuvoir. Mais ce fut dans une longue étreinte que Georges le maintint, lui ébouriffant ses cheveux inondés d'humidité et de saleté.

« Des fois, j’oublie que t’as que seize ans, crétin, gronda faiblement le rouquin. »

Salem eut un hoquet de rire puis fondit en larmes. La pluie salée qui se déversa de ses yeux vint dessiner le contour du masque et réveiller la douleur dans les cicatrices qui ornaient tout le tour.

« Merde, souffla-t-il. »

Lâcher prise. Jusque deux petites… Petites secondes. Il était passé par toutes sortes d'émotions depuis quatre ans. Le déni, la peur, le chagrin, la colère… Aucune d'elle ne lui avait sauvé la vie et pleurer ne le ferait sans doute pas mieux, cependant, une fois qu'il n'eut plus de larmes pour sangloter, il se sentit vide et à la fois soulagé. La grande paluche du rouquin lui tapota le dos :

« Ça y est, t'as fini ? On peut se pencher sur notre évasion, maintenant ? »

« Tu ne pleures jamais ? »

« Non. A quoi bon ? »

A quoi bon ? Était-ce vrai ? Maintenant qu'il s'était vidé, le garçon se sentait bien plus raisonné. L'espoir avait rejailli par petites bouffées, légères et fragiles. Mais il était là.

« Ça fais du bien, soupira-t-il. »

« Comme une branlette. »

Il rit et Georges lui sourit. Ce mec perdait parfois tout tact mais n'avait jamais eu peur de lui dire la vérité. Bizarrement, malgré sa rudesse, il restait très doux dans sa manière de parler. A la fois réconfortant, brusque et compréhensif. Un grand-frère à l'état pur. Il avait sa famille. Malgré toutes les épreuves et les années de labeur, Salem se rendit compte qu'il avait une famille. Fiona, Dorcas, Félicité, Hook, Arthur, Cassy, et... Georges. Aucun ne méritait qu'on l’oubli. Même morts, ils étaient inestimables. Toutes ces personnes l'avaient aidés. Il n'avait pas le droit d'abandonner.

« Enlève-moi le masque, Georges. »

« Mais… »

« Enlève-le. Je dois me réhabituer à la lumière. Il le faut sinon je ne serais pas capable de quoi que ce soit. Peut-importe que les plaies soient invivables, il le faut. Et si je cri… »

Il haussa les épaules :

« Ils penseront que tu es un colocataire en or. »

Georges rit doucement. Il hocha la tête même si son ami ne pouvait le voir. À quelques millimètres du masque, il entendit la voix lasse de l'adolescent rajouter :

« Fais-moi penser à ne plus oublier que je veux tuer cet homme... »

« Tuer quelqu'un, gamin, c'est pas comme jouer aux cartes. »

« Peut-importe. Ils ont faillis m'avoir et je ne peux pas me permettre que ça se reproduise. »

« Cette rouquine est vraiment très forte. Elle a réussit à te ramener parmi nous. »

« Elle a un nom. Ne l'appelle pas comme ça. »

Cassydia.

Je vais revenir, Cassy.

Je vais sortir, Cassy.

Et j'espère que je te retrouverais...

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MessageSujet: Re: Salem Dorcas Good. [Pas fini] Ven 22 Déc - 18:51
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